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Géopolitique et développement durable

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Acteurs indignés

LAUNCH NUCLEAIREJean-Luis Cahu est né en 1959. Dès l'âge de treize ans, son père, maquisard normand de la Seconde Guerre mondiale, l'initie aux problèmes de défense. De 1974 à 1977, il suit une formation d'électro-technicien, et, en 1978, effectue son service militaire. En 1979, il rejoint l'Ecole des officiers de réserve de l'armée de l'Air d'Evreux. Plus qu'un engagement volontaire, c'est une vocation.
L'officier Cahu, carte d'identité militaire n° 79851, est convaincu que l'armement nucléaire existe pour garantir la paix. Il a vingt ans et il y croit. On lui confie des missions qui ne sont pas anodines telle, par exemple, la coordination des missions de bombardement des avions Mirage IV en exercice, au Q.G. des forces aériennes stratégiques, à Taverny. Cette tâche exige de la part de ceux qui l'accomplissent du sérieux et une grande solidité psychologique ( 'un comportement irréprochable' dira l'armée).
ALBION pisteDevant les écrans de contrôle, Cahu aura pour dernière mission de conserver la clef qui peut déclencher le feu nucléaire. Et pas n'importe quel feu nucléaire : le tir des missiles S-3 du Plateau d'Albion. C'est là, à 400 mètres sous terre, en attendant l'improbable ordre d'engagement du Président de la République que Cahu va remettre son destin en question. 

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appel RUSSEL EINSTEIN

 

 

 

 Alors, s'étendra devant nous, si nous faisons le bon choix, un progrès continuel de notre bonheur, de notre savoir et de notre sagesse. Au lieu de cela, allons-nous choisir la mort parce que nous n'arrivons pas à oublier nos querelles ? Nous faisons appel en tant qu'êtres humains à d'autres êtres humains. Souvenons-nous de notre humanité et oublions le reste.

Dans la situation dramatique où se trouve l'humanité, nous estimons que les hommes de science devraient se réunir en conférence pour prendre la mesure des périls créés par le développement d'armes de destruction massive et examiner un projet de résolution dont l'esprit serait celui du projet ci-dessous.
Ce n'est pas au nom d'une nation, d'un continent ou d'une foi en particulier que nous prenons aujourd'hui la parole, mais en tant qu'êtres humains, en tant que représentants de l'espèce humaine dont la survie est menacée. Les conflits abondent partout dans le monde...
Chacun d'entre nous, ou presque, pour peu qu'il soit politiquement conscient, a des opinions bien arrêtées sur l'une ou plusieurs des questions qui agitent le monde ; nous vous demandons toutefois de faire si possible abstraction de vos sentiments et de vous considérer exclusivement comme les membres d'une espèce biologique qui a derrière elle une histoire exceptionnelle et dont aucun d'entre nous ne peut souhaiter la disparition.
Nous nous efforcerons de ne rien dire qui puisse constituer un appel à un groupe plutôt qu'à l'autre. Tous les hommes sont également en danger, et peut-être, s'ils en prennent conscience, parviendront-ils à s'y soustraire collectivement.

Lire la suite : Le Manifeste Russell-Einstein (extrait)

IRON MOUNTAINEn 2020, rares sont ceux qui se souviennent de la parution en 1967 (1) du rapport émanant de ‘La Montagne de Fer’. Connu en France  comme "Le rapport sur l'utilité des guerres". Il a pourtant fait un tabac dans les milieux intellectuels. Aux Etats-Unis, ce fut presque un best-seller. Le magazine Esquire en publia de longs extraits. La très sérieuse revue de sciences sociales Trans-Action lui consacra un numéro entier. L’économiste John Kenneth Galbraith signa alors, sous un pseudonyme, une recension assez élogieuse dans le prestigieux Washington Post. L’ouvrage sera traduit dans une quinzaine de langues (2).
Dans les cercles dirigeants à Washington, c’est la panique. Lors de sa sortie, le U.S. News & World Report présente le ‘livre qui a secoué la Maison Blanche’. Une source interne à l’Administration Johnson indique que le Président, à la lecture du rapport sur l'Iron Mountain, a “sauté au plafond” ("hitt the roof") et ordonné sa “mise sous séquestre pour l’éternité”.
Comment en est-on arrivé là ? Tout démarre en 1966 avec la lecture d’un article insolite dans le ‘New York Times’ au sujet d’un sell-off sur le marché boursier en raison d’une panique par rapport à des risques …de paix. Le rédacteur en chef du magazine satirique ‘Monocle’, Victor Navasky, écarquille les yeux. Puis, la surprise passée, il estime qu’une satire sur le ‘warfare state’ serait la réponse la plus appropriée (3). Un ouvrage capable d’amener le lecteur à réfléchir à la fois sur la futilité et l’absurdité de la course aux armements et les bienfaits d’une économie de paix pourrait-il faire l'affaire ? Cela mérite réflexion. En attendant, une petite équipe d’intellectuels de la gauche libertaire (dont J.K. Galbraith lui-même) échafaude la trame d’un récit, avec un champ lexical crédible et une mise en scène qui frise un complot bien ficelé. L’équipe prend la plume. Elle emprunte la tonalité ‘neutre’ des ‘think-tanks’ bien en vogue. Elle s’évertue à faire croire qu’une thèse sur les conditions de la paix présentée dans ce Rapport a été élaborée entre 1963 et 66 sous les auspices du gouvernement des Etats-Unis ; qu’il a été soigneusement rédigé par des personnalités (anonymes bien sûr) de haut niveau, estampillé confidentiel, et last but not least, qu’il a vocation à rester top secret en raison des informations sensibles qui y sont exposées.
Dans l’introduction de Leonard C. Lewin, ce dernier avoue avoir été contraint de publier, quitte à enfreindre les règles de la confidentialité. Pour enfoncer le clou, Galbraith joue le jeu à sa façon en écrivant : ‘Mes réserves ne concernent que l’imprudence avec laquelle ce document a été mis à la disposition d’un public qui n’était évidemment pas prêt à le comprendre’.
BYBYE TRUMPSelon le récit tel qu’il est présenté au lecteur d'Iron Mountain, en guise d’avertissement, les personnalités du Special Study Group assignées à cet ouvrage explosif auraient été sélectionnées par le Département d’Etat au bout de deux ans, en pleine crise de Cuba. Elles se seraient réunies une fois par semaine au nord de l’Etat de New York, dans un abri-atomique dénommé ‘Iron Mountain’ depuis 1951 ; une mine de fer, espace totalement approprié, acheté en 1936 pour la bagatelle de 9.000 dollars par l’homme d’affaires Herman Knaust.
En déclinant toutes les fonctions essentielles de la guerre, dont les fonctions ‘vitales’ relatives à l’économie de guerre, les membres du Groupe d’Etude Spéciale parviennent à quelques conclusions surprenantes :

Lire la suite : Le rapport de La Montagne de Fer

PAIX et SECURITE logoLorsque les relations internationales se sont constituées comme objets d’analyse et d’action, la sécurité ne pouvait rimer qu’avec souveraineté ; elle ne pouvait se penser qu’à l’échelon des Etats qui étaient en train de se constituer. Thomas Hobbes, le père fondateur de la politique moderne, liait intimement le rôle de souverain à celui de protecteur de sujets menacés de toute part, sur le plan interne comme sur celui d’une vie internationale qui ne pouvait qu’opposer indéfiniment des Etats qui n’avaient entre eux que des relations de 'gladiateurs'. Cette vision, totalement acceptable au XVII ème siècle, était apparemment banale : elle était pourtant lourde de conséquences.
Qu’on en juge : en partant de tels postulats, la guerre devenait ‘normale’ , tandis que la sécurité ne pouvait se penser qu’au singulier frontal. Il s’agissait de ma sécurité face à celle de l’autre. Un dangereux jeu à somme nulle s’esquissait : tout renforcement de ma propre sécurité ne peut qu’amoindrir celle de mon voisin et réciproquement. Le fameux dilemme de sécurité était né ! Souveraineté et frontalité : deux bonnes raisons de rapprocher la sécurité et le domaine militaire, jusqu’à confondre les deux. Il en dérivait une culture sécuritaire dont nous sommes les héritiers et qui a tant de mal à se penser sur le mode collectif. Si le concert européen établit, dès le XIX ème siècle, l’idée d’une sécurité tout juste ‘internationale’, elle n’y parvient qu’en pensant celle-ci comme un compromis entre des politiques étrangères qui devaient préserver la stabilité du tout pour mieux survivre isolément. Quand, en revanche, la Société des Nations (SDN), après le premier conflit mondial, a amorcé l’idée d’une ‘sécurité collective’, les vieux réflexes souverainistes n’ont pas tardé à réapparaître…
regardons la terrePourtant le monde évolue. La mondialisation, en s’affirmant, a défié par trois fois le principe de souveraineté. D’abord, en se voulant inclusive : l’humanité entière, pour la première fois de son histoire, agit sur une scène unique qui lui impose autant de contraintes et de normes potentiellement communes. Ensuite, en cultivant l’interdépendance : loin d’être subordonnée aux conditions de la concurrence comme naguère, ma survie dépend des liens qui m’unissent aux autres. Enfin, en promouvant la mobilité : dans un monde de communication généralisée, tout le monde voit tout le monde et chacun est potentiellement ou réellement chez l’autre. Du coup, d’une sécurité compétitive et souveraine, nous passons doucement mais surement à une ‘sécurité liée’. Ma sécurité dépend désormais de l’accomplissement de celle de l’autre et de la construction de celle de tous…

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 SCULPTURE de THIERRY DELORMESi tu veux la paix, prépare la paix ‘ - On aurait pu choisir ce titre pour le dossier de la revue ‘Contretemps’ (N° 39). Mais ‘penser la guerre...’ nous est apparu plus approprié, même s’il n’y a pas lieu de nous ériger en experts de la ‘chose militaire’. Notre approche : ne pas accréditer la thèse selon laquelle la paix peut se penser en dehors de la guerre ; ce serait fallacieux. Pour expliciter la démarche, il suffit de transposer : nul ne peut concevoir honnêtement de faire un papier sur la santé, y compris la santé mentale, sans évoquer en long et en large les diverses maladies qui nous guettent ; sans chercher à y remédier. Nul ne va brandir les menaces qui pèsent sur un corps décrété plus ou moins ‘sain’, sans évaluer les capacités de traitement, sans faire parler les soignants ou les victimes.

En titrant par exemple ‘Si tu veux la paix, prépare la paix’ , comme l’a fait le journal l’Humanité (dans son édition du datée du 21-22 et 23 septembre), le problème semble mal posé. Même s’il faut reconnaître que c’est le seul quotidien qui a accordé une importance à la journée internationale de la paix, alors que ses concurrents de la presse écrite ont préféré donner la voix aux victimes d’Alzheimer et aux ..sourds. 

Guerres et paix 

CONTRE TEMPS 39Le débat est suffisamment important pour ne pas être tronqué. Certes, la paix peut être considérée comme un combat. Les ‘combattants pour la paix’ ont eu leur heure de gloire, tout comme les ‘brigades de paix’ qui ont ambitionné de supplanter peu ou prou les casques bleus de l’ONU. Mais ce combat appelle à diverses formes de résistances et diverses formes de mobilisation. (…) Voilà pourquoi un pasteur comme Martin Luther King , dans son ouvrage ‘La force d’aimer’ avait formulé une recette aussi prémonitoire qu’inappliquée : ‘Nous devons nous servir de notre intelligence pour établir des plans de paix avec autant de rigueur que pour établir des plans de guerre’. Là encore, Luther King n’occulte pas la guerre. Il la prend en exemple. Il ressentait bien, à la façon d’un René Dumont (l’un des très rares écologistes à prôner la décroissance militaire) qu’il existe des combats non-violents qui méritent d’être menés. Mais Martin Luther King fait juste remarquer que le savoir et le savoir-faire sont mobilisés à d’autres fins, que la fuite des cerveaux ne se dirige pas uniquement selon un axe Sud/nord, mais du civil vers le militaire, et il serait temps de déplorer le manque de scientifiques atterrés ! 

Faire mieux que … ‘préparer-la-paix’ 

Certes, nous nous sommes habitués à quelques slogans. Mais, comme beaucoup de slogans, celui-ci sonne creux. Il repose sur une idée simpliste et c’est ce simplisme qui a provoqué la confusion de son message. A force de réduire le combat à une posture anti-nucléaire, la réflexion autour de l’antimilitarisme et autour d’une défense sociale et solidaire s’est atrophiée. Certes, une menace virtuelle comme le remake d’un Hiroshima ou de Nagasaki devrait mobiliser autant que le spectre du réchauffement climatique, mais ce n’est pas le cas. La mouvance féministe aurait pu se saisir du combat pacifiste, mais la jonction entre ces deux revendications s’opère surtout (avec quelques exceptions comme Andrée Michel) qu’à l’extérieur de l’Hexagone et notamment auprès des féministes anglo-saxonnes (cf. ouvrage Sex and World Politics) ; ou parmi les Scandinaves qui ont su montrer et démontrer que les armes nucléaires (par exemple) sont des instruments d’inégalité et de pouvoir aux mains d’un patriarcat oppressif. Par contre, le recours à l’affichage pour la paix a alimenté les caricatures sur ces ‘pacifistes bêlants’, un anathème que reprennent en chœur les adversaires des faiseurs de paix ou les disarmo-sceptiques, pour qui le mot paix correspond à une auberge espagnole au même titre que le ‘développement durable’.
La devise ‘Si tu veux la paix, prépare la paix’ semble hélas avoir convaincu une partie de l’intelligentsia que le pacifisme manquait d’arguments politico-économiques ; que les pacifistes prêchaient dans le désert, et qu’à force de faire vibrer de bons sentiments, ils se montraient plutôt désarmés face à la culture de l’armement qui se propage…

La militarisation

missiles dans le corpsIl ne s’agit pas ici d’évacuer l’éthique au moment où certains veulent introduire des robots-tueurs sur les champs de bataille. Mais il serait ringard d’évacuer les débats civilo-militaires autour de la géo-ingéniérie inspirée par un quarteron de fêlés du complexe militaro-scientifique, tels Edward Teller et d’autres apprentis-sorciers qui fantasment sur leurs capacités à ‘climatiser la planète’ . A l’heure des technologies duales, à l’heure où la frontière entre guerre et paix est de plus en plus floue, il est historiquement dépassé de concevoir la ‘paix’ comme le contraire de la guerre. Il suffit de relire l’urbaniste et philosophe Paul Virilio (qui vient de mourir à la veille du 21 septembre). A longueur de pages, dans un ouvrage assez prophétique intitulé l’Insécurité du Territoire et publié (chez Stock) en 1976, Paul Virilio dénonce le ‘nouveau mode d’invasion des territoires par les militaires’. Il nous invite à apprécier à sa juste valeur combien ‘l’administration de la peur a repris du service actif’. Décrié alors comme prophète du malheur, ignoré ou snobé par la crême de l’intelligentsia parisienne car il n’était pas du sérail (…), Virilio martelait il y a 42 ans (toujours dans l’Insécurité du Territoire) : ‘On a oublié un peu vite que la croissance matérielle n’était pas une politique économique, mais bien une politique militaire, un leurre, une ruse de guerre qui se dissipe lorsque ses nécessités stratégiques ne se font plus sentir, ce qui est aujourd’hui le cas’ . Il interpelle alors ceux qui feraient semblant de ne pas comprendre : ‘La société post-industrielle, c’est la société militaire. Or, personne n’interroge l’Etat-armée’ ( !).
Ceux qui chantonnent l’Internationale, ceux qui s’émeuvent pour ‘la lutte finale’ sont priés de ne pas zapper le 5ème couplet 
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.
En effet, au cours de ces dernières décennies, le nombre d’humains blessés ou éliminés par les forces armées de leur propre gouvernement dépasse et de loin le nombre de ceux qui sont victimes des balles d’‘armées étrangères’…

Penser la guerre, une affaire de polémologie

WP 20150901 14 20 44 Pro'Si tu veux la paix, connais la guerre’ convient donc beaucoup mieux. Cette approche réaliste a été formulée il y a bien longtemps, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Je fais référence ici au sociologue Gaston Bouthoul, un personnage (1896-1980) qui a disparu des radars. Toutefois, c’est grâce à lui que la plupart des facultés de France avaient investi pour disposer d’un département de polémologie. La discipline s’est aussi exportée aux Pays-Bas, à Groningen sous la direction de H. Tromp. La polémologie (littéralement la science de la guerre ), discipline distincte de l'irénologie (alors que l'anglais tend à fusionner les peace research et conflict studies), fut une branche de la théorie des relations internationales. Elle a mis l'accent sur la compréhension des conflits, de leur origine et de leur fonctionnement. Elle s’est donnée pour mission d’étudier les facteurs dits belligènes : les corrélations entre les explosions de violence(s) et des phénomènes économiques, culturels, psychologiques, psychanalytiques et démographiques récurrents. L’idée, qui n’est pas originale en soi, avait fait tilt. Aujourd’hui, Il n’en reste qu’un seul : l’institut de polémologie au sein de la faculté de sciences sociales, rue Descartes, à Strasbourg, dirigé par Myriam Klinger

La polémologie au point mort

Après la mort du fondateur, la démarche a tourné court. Mériterait-elle d’être retenue et actualisée ? Si elle avait été davantage ancrée dans les réalités géopolitiques, le lecteur du quotidien l’Humanité (op cité) pourrait s’épargner de croire que le problème du désarmement se réduit à une dénonciation en règle de ‘ces logiques capitalistes industrielles’ qui viendraient contrer les politiques de non-prolifération nucléaire ou d’‘interdiction des armes’ (?!)
On peut en tout cas reprocher aux réseaux institutionnels, universitaires et médiatiques de n’avoir pas assez relayé le message de Bouthoul. Mais il faudrait alors blâmer les disciples et étudiants qui, pour s’éviter de creuser le sujet comme un médecin se penche sur une maladie, ont estimé qu’il suffisait de convaincre les autres à …parvenir au désarmement !
Quel que soit l’avenir de la polémologie, vouloir la paix en ‘connaissant la guerre’ s’impose à nous. Non pas parce que l’enfer a toujours été mieux décrit que le paradis, mais pour plein d’autres raisons. Primo, pour s’affranchir de la culture de la bombe, une culture qui nous paraît ridicule lorsque nous portons nos regards condescendants sur le Pakistan ou la Corée du Nord. Secundo, pour contrer les ‘fauteurs de guerre’, quitte à appréhender avec discernement l’antimilitarisme qui se manifeste chez certains officiers (ou amiraux) et qu’on aurait tort de prendre pour des brutes en marche alors que certains sont clairvoyants sur les enjeux écologiques. Tertio, parce qu’il est malaisé et aliénant de vivre durablement dans un univers (physique et mental) sur pied de guerre ; dans un monde pollué et abîmé par les activités militaires (oui, aussi en temps de paix, comme peuvent en témoigner les ex-travailleurs des missiles du Plateau d’Albion), dans un monde surarmé (cf. le rapport du SIPRI traduit par le GRIP), que nous tolérons pour écouler nos surplus ou/et sauver nos emplois.

Pour une transition stratégique

MEFIER des MOTSsA l’instar de la rubrique’ environnement’ et/ou ‘transition écologique’, nos politiques et futurs candidats rajoutent dans leurs programmes respectifs un paragraphe sur la paix et le désarmement, éventuellement la sécurité. Evidemment. Car il serait malvenu d’afficher la moindre attirance en faveur de la guerre, la projection de forces, et la militarisation. Mais 'c’est un peu court' aurait dit Cyrano, car même les fascistes s’affichent plus ou moins ‘pacifistes’, quitte à vouloir planifier la pacification de la Méditerranée ou faire régner la paix des cimetières. Sans songer à ces extrêmes, ne risque-t-on pas aussi de se laisser entraîner dans du greenwashing militaro-politique ? Si un autre monde n’est pas à l’ordre du jour demain à l’aube, le lecteur peut s’étonner (à défaut de regretter) que ces enjeux de guerre et de paix soient abordés ici et là, à gauche presque autant qu’à droite, avec tant de désinvolture.
En admettant qu’il faille mettre un terme à ce cloisonnement infantile entre guerre(s) et paix, il serait bienvenu de percevoir la paix comme un produit direct de la transformation de la guerre. Les neurones des militants pourraient être mobilisés pour que s’élaborent ces processus de transformation sociale afin de mettre un terme à la consommation improductive à la fois des richesses et des êtres que nous sommes. Quelle que soit notre famille politique, il ne devrait pas être trop compliqué de comprendre que les problèmes relatifs à la défense, donc à la guerre et la paix sont inséparables de ceux relatifs au désarmement ; tout comme la question de l’énergie est inséparable de celle du gaspillage ! (pour reprendre une formule de Denis de Rougemont). Dans la mesure où la réduction du gaspillage énergétique sera bientôt la principale source d'énergie disponible, pourquoi le désarmement ne serait-il pas l'un des renforts apportés à notre défense ? Osons aborder la thématique de la transition stratégique : c’est un boulevard ! En 'pensant la guerre', et au vu de ce qui se trame d’ombrageux sur le continent européen, à l’Est comme à l’Ouest, il nous incombe de réfléchir aux meilleures façons d’assurer notre sécurité (en partant de la sécurité sociale, eh oui) et s’activer avec les forces du changement pour déjouer ou neutraliser les pires symptômes d’insécurité.
B.C.