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Géopolitique et développement durable

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US UK DEUX VISAGESLe premier ministre Boris Johnson fait coïncider sa vision de ‘Global Britain’ avec la nouvelle doctrine de l’OTAN. Un nouvel alignement sous couvert de visées post-Brexit plus ambitieuses.
Plus de cinquante ans après avoir choisi d’intégrer l’Europe en proclamant son retrait à l’Est de Suez’, les dirigeants à Londres brandissent un nouvel horizon : le ‘Global Britain in a Competitive Age’, la version british de ‘Make America great again’.
Si la formule cache quelques ambitions, les médias n’ont retenu que la rallonge du nombre d’ogives sur les sous-marins avec une hausse de 45 %. Sans s’attarder sur l'entrée en service des quatre SSBN de la classe Dreadnought, rappelons que la dotation maximale par sous-marins embarquant la totalité de ses 12 missiles (et non pas 8) sera donc de 96 têtes nucléaires, soit un potentiel théorique de 288 têtes nucléaires (et non pas 200). Les organisations pacifistes dont la CND ont crié au scandale dans la mesure où les autorités, au nom des impératifs de modernisation et de mise à jour, vont à l’encontre de leurs propres engagements en matière de non-prolifération (y compris la prolifération verticale). Cela peut paraître anodin, il n’empêche : le TNP est basé sur un deal qui fut précisé par le Premier Ministre Harold Wilson en ses termes : « Nous savons qu'il existe deux formes de prolifération, la prolifération verticale aussi bien que la prolifération horizontale. Les États qui ne possèdent pas d'armes nucléaires, et qui ont pris l'engagement de ne pas en détenir, ont le droit d'attendre de la part des États nucléaires qu'ils remplissent leur part de contrat ”.
Cette évolution figure dans ‘Integrated Review of Security, Defence, Development and Foreign Policy’ (sorte de LPM pour dix ans) que le Premier Ministre britannique a dévoilée dès la mi-mars. Dans les 110 pages dudit rapport, la Russie (citée 14 fois) est désignée comme la menace directe la plus grave pour le Royaume-Uni (page 26). Si le rajout de munitions nucléaires au bénéfice de la Royal Navy ne va pas en soi changer les rapports de force entre l’Est et l’Ouest, on peut supposer que le moindre geste servant à attiser les braises de la guerre froide réconforte une OTAN où les trente membres sont priés, par la voix de son secrétaire général, de serrer les rangs. N’est-ce pas ce qui motive Jens Stoltenberg, un habitué de rencontres du Groupe de Bildeberg, en prônant l’élargissement à Ukraine et à la Belarus ; en tentant de séduire les Suédois trop neutres à son goût. Sans oublier la Macédoine du nord...

Cap vers le grand large

Cette interprétation a pour principal défaut de considérer l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord avec les jumelles d’autrefois. Or, l’OTAN se détourne de plus en plus de l’Atlantique Nord. Le rapport ‘‘NATO-2030’ le confirme. C’est lui qui définit le nouveau concept stratégique. Il émane d’un groupe de réflexion ‘indépendant’ (mis sur pied dès avril 2020 par le même Stoltenberg) où figure le britannique John Bew qui - simple coïncidence évidemment – assume la fonction de conseiller spécial de Boris Johnson en charge de la politique étrangère. La démarche britannique fait donc écho aux préconisations de l’Alliance de ‘NATO-2030’.
Au moment où les stratèges de la nouvelle doctrine de l’OTAN (la 7ème depuis sa création) recommandent que soient exploités ses partenariats dans la zone ‘Indo-Pacifique’, l’espace stratégique du XXIème siècle, sur fond de rivalité américano-chinoise, il va de soi que toute mise à contribution des confettis de l’ex-Empire britannique est welcome ; parmi ses points d’appui, Londres peut louer l’utilité des bases d’Akrotiri et de Dhekelia à Chypre, occupées (déjà) par plus de 14.500 militaires britanniques et leurs familles sur 250 km2 et que le Royaume a conservées après l’indépendance de Chypre en 1960. Londres peut aussi faire valoir d’autres points d’appui à Brunei, Oman, Kenya, Sierra Leone, Belize, les Malouines ou Falkland, l'île de l'Ascension, Gibraltar. Mieux encore : la Royaume plus ou moins Uni dispose depuis 2018 d’une base à Bahreïn, la première implantation permanente de ses forces armées au Moyen-Orient en près d'un demi-siècle, achetée pour 40 millions de £.. Boris Johnson veut aussi revivifier les anciennes colonies (Inde, Malaisie, Singapour), renouer avec Taïwan, courtiser le Japon ; enfin, renouer avec le Vietnam, partenaire stratégique depuis 2010 et en conflit avec la Chine sur la souveraineté des îles Paracels.
Pour couronner ce ‘maillage’, B. Johnson prévoit d’établir au moins deux nouvelles bases militaires outre-Mer, l’une dans les Caraïbes et une autre en Extrême-Orient, comme l’a précisé le ministre britannique de la Défense, Gavin Williamson dans The Telegraph le 30 décembre 2018. ‘Si nous y avons des intérêts économiques, nous devrions y avoir un intérêt militaire’ a-t-il ajouté.
BuildingPeace 0En se calquant sur les volontés hégémoniques d’une Amérique aux abois, le Royaume-Uni entend démontrer qu’il est encore et toujours le meilleur élève de l’Alliance atlantique. Il n’a pas vraiment le choix : l’Amérique de Jo Biden a fait savoir que les forces U.S. seraient au service de la sécurité européenne à la condition que les ‘alliés’ dont ‘Global Britain’ s’engagent aux côtés du protecteur en s’alignant sur une ‘global NATO’. Le prix à payer par la perfide Albion pour se repositionner sur l’échiquier mondial, du moins, conserver un strapontin sur la scène internationale.
B.C.