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Géopolitique et développement durable

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Sécurité écologique

ARMEd instructionMASSIVELa logique du désarmement pour le développement est inscrite dans la Charte même de l'ONU dont l'article 26 fixe pour mission au Conseil de Sécurité de favoriser l'établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationale en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde.
En avril 1955, lors de la Conférence des pays non alignés de Bandung, 29 pays en voie de développement déclarèrent que le désarmement universel est une nécessité. Peu après cette conférence, Etats-Unis, URSS, Royaume-Uni et France se réunissaient à Genève. Edgar Faure, chef de Gouvernement français, proposait de lier politiquement le désarmement à des fins de développement en 'affectant à l'élévation du niveau de vie des pays sous-développés une partie des réductions opérées sur les dépenses militaires'.
En 1978, lors de son discours devant l'Assemblée extraordinaire des Nations Unies sur le désarmement, le président Valéry Giscard d'Estaing proposait à son tour la création d'un fonds spécial du désarmement pour le développement en évoquant la disproportion entre le milliard de dollars consacré chaque jour aux arsenaux militaires et de l'aide au développement (14 fois inférieure).
En 1983, François Mitterrand proposait devant l'Assemblée générale des Nations Unies de réunir une conférence internationale sur la relation entre désarmement et développement.

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crise systemique.1291103290Le champ clos de l’économie voit se dérouler une bataille qui, pour se passer de canons, n’en est pas moins meurtrière.
La guerre est une fabuleuse entreprise qui requiert toute une logistique, une technique de l’approvisionnement, une maitrise des flux de stock. Bref, la guerre est affaire de management. Les entreprises contemporaines empruntent les travers de la guerre. Tel est l’envers du décor.
Dans son mode de fonctionnement, l’entreprise a calqué sa structure sur celle des divisions (blindées). Au nom de l’efficacité, qui se traduit par l’’économie des moyens’ ou la gestion rigoureuse des effectifs, fordisme et taylorisme ont contribué à la mise au pas. Des PMI aux multinationales, le mépris de galons n’a pas évincé la discipline. Pour parfaire le parallélisme, l’entreprise a suscité l’adhésion des siens : le ‘moral des troupes’ est primordial, les chefs d’entreprises ont assimilé cette évidence aussi bien que les généraux.


Les battants

La capacité de mobilisation générale fait partie des atouts du monde industriel, ce monde des ‘battants’ toujours prêts à partir à l’assaut, comme du temps des croisades ou des expéditions coloniales de tristes mémoire. C’est encore et toujours le brande-le bas de combat. Avec la ‘crise’ qui a succédé aux années florissantes de l’après-guerre (Les Trente glorieuses), les entreprises se sont donné une posture plus offensive.

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robinet okA l’heure où une génération se mobilise pour tenter de sauver le monde, d’autres se mobilisent à grand frais pour le détruire. Le scandale est là. Alors, après le flop de la COP 25 à Madrid, et dans la perspective de Glasgow 2020, il va falloir pointer les méfaits de l’empreinte carbone des militaires et les risques encourus si les activités destructives ne sont pas intégrées dans les négociations à venir.

L’état d’urgence climatique

"Ce qui manque le plus à l'Europe actuelle, ce sont de vrais projets porteurs d'avenir, capables de redonner une motivation européenne à notre opinion publique". (1) 

Le dérèglement climatique peut-il transformer le paysage de la sécurité ? La mobilisation a pris une tournure à résonance guerrière. A cause de l’introduction du concept d’état d’urgence climatique. D’où les appels d’aller en découdre et ‘repartir comme en 40’ . D’où l’invocation d’un nouveau Plan Marshall comme au début de la guerre froide (…) ; ou la création d’un Conseil Naturel de la Résilience, CNR, en résonance avec le Conseil National de la Résistance ; ou le propos d’un Pascal Canfin, qui déclare que ‘C'est une vraie guerre qu'il faut mener aujourd'hui, en employant tous les moyens’ ; comme pour faire écho à Bill McKibben, le fondateur de l’association 350.org, pour qui le changement climatique correspond à la Troisième Guerre mondiale en ajoutant : "la seule façon de ne pas perdre cette guerre consiste à se mobiliser sur une échelle équivalente à celle qui nous a permis de l’emporter durant la précédente". 
Derrière cette rhétorique se cachent des courants contradictoires. On voudrait combattre mais contre qui ? Qui est l’ennemi ? Celui qui veut retarder les transitions énergétiques et ne veut pas entendre parler de justice climatique ? Celui qui est à l’affût d’ennemis de substitution pour justifier son addiction à la chose militaire ?

Les bidouilleurs de l’atmosphère

rechauffement climatiqueDepuis que le climat est considéré (dans le rapport Solana de 2008) comme un facteur multiplicateur de menaces, les militaires sont à la manœuvre. Pour de bonnes et de mauvaises raisons. Ils détiennent une certaine légitimité puisqu’ils ont été des précurseurs à défaut d’être des lanceurs d’alerte. Dès juin 1947, le Pentagone organise une réunion consacrée aux conséquences militaires de la fonte des glaces en Arctique. Les militaires ont tenté de dérégler la machine climatique avant même de tenter de la maîtriser, (d’où la convention ENMOD de 1977), y compris avec une vision militarisée de la géo-ingénierie. Ils ont même puisé dans les ‘sciences de la Terre’ pour mieux calibrer les méfaits de leurs essais (nucléaires) atmosphériques.

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AMERICAN AT WAR

Sous l’impulsion de la présidence Trump, les différentes administrations américaines ont adopté une posture climatosceptique, à l’exception d’une, et non des moindres : le Département de la défense (DOD ou Department of Defense). Ce ministère est pourtant le plus gros émetteur institutionnel mondial de gaz à effet de serre sans que cette contradiction n’émeuve ses responsables.



Prévoir le réchauffement climatique sans froisser les sceptiques

Dès le début des années 2000, sous la présidence du climato-sceptique convaincu G. W. Bush, un influent bureau du Pentagone, l’Office of Net Assessment organise la fuite d’un rapport sur les conséquences du réchauffement climatique (l’administration Bush étant climatosceptique, il était difficile pour le Pentagone de publier ce texte officiellement). Ce document rédigé en 2003 envisage pour 2020 une interruption de la circulation océanique du Gulf Stream liée à l’échauffement des eaux de l’Atlantique. Cela aurait pour effet d’engendrer une ère glaciaire au nord de l’Europe et de l’Amérique, concomitante à un réchauffement et à un assèchement des zones situées plus au Sud. Si, avec le recul, la naïveté de ce document très officiel peut surprendre, elle ne fait que refléter la méconnaissance relative du phénomène climatique par leurs auteurs, les Green Hawks, des militaires s’intéressant à ce type de problèmes.
En 2007, le Center for Strategic and International Studies, un influent think tank américain, publie son rapport fondateur : The Age of Consequences. Beaucoup plus solide en termes scientifiques, il envisage trois scénarios, du plus léger au plus catastrophique. Avec le recul, il est étonnant de remarquer que le scénario le plus bénin, considéré à l’époque comme le plus réaliste, est déjà dépassé aujourd’hui. En ces temps de présidence Bush, le rapport préfère ne pas trop s’attarder sur les causes du réchauffement climatique et insiste surtout sur ses conséquences… tout en montrant son accord avec les prévisions du GIEC, qu’il juge même trop prudentes.

Lire la suite : L'adversaire le plus dangereux pour l'armée U.S.

abraracourcix 197x260À l'ère de la crise climatique, la relation entre destruction de l'environnement et destruction de la vie humaine, que Tagore (*) a décriée dans ses écrits, est probablement devenue la question centrale de notre époque. Cette destruction est en marche et même des personnalités qui ont consacré leur vie au rayonnement du militarisme américain le reconnaissent. Parmi eux, l’ex-patron du Pentagone James Mattis, (le premier ex-général à devenir secrétaire à la Défense depuis 1950).

Le Pentagone et son 'footprint'

VERITES qui DERANGENTIl n’est guère surprenant que la plus grande armée de l’histoire du monde soit également le plus gros pollueur de la planète. Le projet ‘Costs of War’ de l’Université Brown le confirme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec un vaste réseau de bases et de réseaux logistiques, le Département de la Défense (DOD) des Etats-Unis est l’un des plus gros émetteurs de dioxyde de carbone au monde. Si le Pentagone était un pays, ce serait le 55e plus grand émetteur de dioxyde de carbone au monde. En effet, le DOD est le plus grand utilisateur institutionnel de pétrole et de ce fait, le plus grand producteur de gaz à effet de serre au monde, indique le rapport. Sa principale activité qui rejoint son objectif, en l’occurrence la guerre, est productrice d’émissions de GES. (‘its main purpose — warfare — is easily its most carbon-intensive activity’). Depuis l'invasion de l'Afghanistan en 2001, l'armée américaine a émis dans l'atmosphère 1,2 milliard de tonnes de carbone. À titre de comparaison, les émissions de carbone du Royaume-Uni s'élèvent à environ 360 millions de tonnes par an.
Ce fardeau supplémentaire sur la planète pourrait éventuellement se justifier si tout cela se faisait au nom d'intérêts vitaux pour la sécurité nationale, mais les composantes les plus importantes de l'empreinte carbone de l'armée américaine ont été les guerres et les occupations quasiment inutiles. Prenons, par exemple, l'occupation de l'Afghanistan…
Hormis le fait d'émettre des millions de tonnes de dioxyde de carbone pendant la guerre, l'empreinte de l'armée américaine a contribué à la destruction immédiate de l'environnement afghan. La déforestation s'est accélérée au milieu du chaos de la guerre et, par le feu des ordures et d'autres moyens, les forces armées des Etats-Unis ont libéré dans l’atmosphère différents polluants toxiques qui auraient aussi entraîné des maladies auprès des vétérans.
Les ravages causés par la guerre en Iraq sur l’environnement ont été encore pires. La guerre a non seulement entraîné une hausse des émissions de dioxyde de carbone résultant de l'activité militaire des États-Unis, mais elle a également provoqué un empoisonnement généralisé de l'environnement irakien par le recours à des munitions toxiques et aux mêmes soi-disant fosses à brûlures sur des bases militaires utilisées en Afghanistan. 

Le Moyen-Orient et les réserves pétrolières

fort mcmurray fire1Ironie de l’histoire, les émissions de combustibles fossiles sont le principal facteur de dérèglement climatique. Or, pendant des décennies, la forte présence militaire des États-Unis au Moyen-Orient a été justifiée par la nécessité de préserver l'accès aux réserves pétrolières de la région. L'extraction industrielle de ces mêmes réserves a été l'un des principaux facteurs d'émissions de dioxyde de carbone dans le monde. En d’autres termes, nous avons tué, détruit, pollué et contaminé afin de nous garantir l’accès à une ressource qui porte la principale responsabilité dans le dérèglement climatique auquel nous assistons. Il a fallu cette parfaite symétrie entre la guerre industrielle et l’exploitation industrielle de la Terre pour provoquer l’innommable urgence à laquelle nous sommes maintenant confrontés.
Les phénomènes de guerre sans fin et de changement climatique ont bénéficié d'une autre indulgence : l'indifférence du public. Certes, dans le cas de la guerre contre l’Irak, des millions d’humains se sont manifestés pour protester contre l’invasion. Mais au fil du temps, les conflits qui se déroulent à l'étranger et les récits de catastrophes écologiques lointaines s’apparentent à un bruit de fond. Les fardeaux de la guerre pèsent principalement sur d’autres zones que la nôtre. De la même façon, les premières phases de la crise climatique touchent en priorité des régions (Brésil, Bangladesh, Maldives et Bahamas) en dehors du périmère des Etats-Unis ou de l'Amérique du Nord. Cependant, tôt ou tard, l'urgence viendra frapper nos côtes. En mars de cette année, le niveau de dioxyde de carbone atmosphérique a atteint un niveau record 415 parties par million (PPM). Pour vous donner une idée de ce que cela signifie, la dernière fois que l'atmosphère avait autant de carbone, c'était il y a 800.000 ans !

La fin de 'Task Force Climate Change' (U.S.Navy)

pentagon1Le Pentagone est paradoxalement l’un des rares acteurs à ne pas être dans le déni et ne baigne pas dans le ‘climato-scepticisme’ qui se propage au sein de l’Administration américaine. "Le seul département à Washington qui est clairement et complètement convaincu de l'idée que le changement climatique est réel est le département de la Défense", a déclaré le colonel Lawrence Wilkerson, ancien chef de cabinet du général Colin Powell. L'armée américaine se prépare (d’une façon ou d’une autre) pour un avenir sombre d'instabilité politique, de pénuries alimentaires, de conflits liés aux ressources et de flux massifs de réfugiés causés par le climat. En reconnaissant que sa propre dépendance à l’égard des combustibles fossiles représente une menace stratégique, le Pentagone prend des mesures pour diversifier ses sources d’énergie. Cependant, ces efforts aussi limités soient-ils, ont été contrecarrés par l'Administration Trump. La U.S. Navy a récemment enterré un groupe de travail mis en place pour étudier les effets du changement climatique, prévoir l’impact de la montée des mers et de la fonte des calottes glaciaires. Aux dires de l'amiral (qui a dirigé les efforts de la marine en matière de lutte contre le changement climatique jusqu'en 2015), le groupe de travail a été supprimé sans que l’on ait pris la mesure des conséquences du changement climatique.
Murtaza Hussain, le 15 septembre 15 2019 (extraits)

* Jusqu'à sa mort à 1940, Rabindranath Tagore a écrit sur les dangers à la fois du militarisme, de la haine raciale et d'un type de développement industriel capable de défigurer le monde. Ses mises en garde ont été dépassées par les conséquences de l'industrialisation de la guerre et la sophistication  des pouvoirs de destruction qui ont atteint les humains et la Terre. Il est décédé au début de la Seconde Guerre mondiale, avant que ceux-ci n’atteignent le crescendo nucléaire.