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Sécurité écologique

contre robots tueursLes États parties à la Convention sur certaines Armes Classiques (CCW) s'épuisent à débattre des questions liées aux technologies émergentes dans le domaine des systèmes d’armes létales autonomes. Depuis mai 2014. Cependant, aucun accord n’a encore été trouvé à propos d’une éventuelle interdiction des robots tueurs, laissant libre cours aux industriels qui développent ces armes.

De fait, des armes de plus en plus autonomes préfigurant des robots tueurs existent déjà. On les retrouve dans les catégories suivantes : systèmes de défense aérienne, systèmes de protection active, robots sentinelles antipersonnel, munitions guidées et munitions rodeuses...Parler de ‘technologies en plein développement’ signifie que d’autres verront probablement le jour.

Les principaux pays qui développent ou produisent ces armes sont la Chine, la Corée du Sud, les États-Unis et la Russie. À ces quatre États, il convient d’ajouter, dans une moindre mesure, l’Allemagne, l’Australie, l’Estonie, la France, l’Inde, Israël, l’Italie, le Japon, la Norvège, la Pologne, Singapour, la Suède, le Royaume-Uni, la Turquie, ainsi que Taiwan

Déjà à la manoeuvre

SMP lego Robocop 4Un des premiers échantillons de ces productions est le robot-sentinelle antipersonnel SGR-A1 développé dans les années 2000 par la firme Samsung Techwin (devenue en 2015 Hanwha Techwin. Comme l’écrivait le GRIP dès 2017, ce robot-sentinelle équipé de caméras, de microphones, de haut-parleurs et d’une mitrailleuse est doté d’un mode de sélection et de traitement des cibles automatiques. Selon BBC News, la mitrailleuse du SGR-A1 peut être commutée en mode autonome mais… est actuellement exploitée par des humains via des liaisons caméra.
Un exemple plus récent est le robot terrestre Uran-9, un système robotique polyvalent de combat développé par la firme russe Kalachnikov Concern et commercialisé depuis 2016. Télécommandé à une distance de trois kilomètres et faisant usage d’intelligence artificielle , l’Uran-9 peut avancer en système automatique laissant à l’opérateur le choix des cibles . D’après Kalachnikov Concern, de nombreuses solutions scientifiques et techniques ont été élaborées [sur l’Uran-9]. Testé en Syrie, l’Uran-9 y aurait cependant perdu le contact avec la station de contrôle à 18 reprises. Selon RIA Novosti, le robot a également montré le fonctionnement instable du canon automatique de 30 mm, le déclenchement intempestif des circuits de lancement et la défaillance du canal d’imagerie thermique de la station de visée optique.
Un autre exemple est le Switchblade  (littéralement le couteau à cran d’arrêt ), un missile rodeur miniature récemment commercialisé par la firme américaine AeroVironment. Dans sa version initiale, le Switchblade ne pèse que 2,5 kilogrammes et peut être rangé dans un sac à dos. Son coût serait de l’ordre de 70 000 $. Dans une version plus élaborée, une fois sur la zone cible, il peut y flâner pendant plus de 20 minutes pour identifier sa cible avant de plonger dessus. Selon l’entreprise, ce missile létal volant miniature peut être utilisé manuellement ou de manière autonome et ses versions futures pourraient sélectionner des cibles de manière autonome avec un soutien minimal de la part de l’homme dans la boucle.
Un dernier exemple est le bateau de combat sans pilote JARI actuellement développé par la firme d’État chinoise China Shipbuilding Industry Corporation. Ce bateau de 15 mètres de long est notamment équipé de missiles à lancement vertical, d’un lance-torpilles, d’une mitrailleuse et d’un lance-roquettes montés à l’avant. Sa mitrailleuse tire automatiquement sur des cibles de surface se rapprochant rapidement, et ce après des coups de semonce. Le JARI utilise l’intelligence artificielle pour naviguer de manière autonome et entreprendre des activités de combat une fois qu’il en reçoit l’ordre. Il peut opérer seul ou en essaim  avec d’autres en mode autonome, semi-autonome ou commandé à distance. D’après ses développeurs, le JARI aura encore besoin de tests supplémentaires pour 'libérer tout son potentiel' en tant que drone de combat entièrement autonome.

Pourquoi interdire les robots tueurs ?

TITAN VEHICULE AUTONOMEComme le montrent les quatre exemples évoqués ci-dessus, des robots tueurs capables de sélectionner et d’attaquer des cibles de manière indépendante pourraient bientôt ne plus appartenir à la science-fiction. Le niveau de contrôle humain sur les armes autonomes décrites ici est en effet de plus en plus réduit, ouvrant progressivement la porte à des situations dans lesquelles la décision de tuer sera prise par une machine, et non plus par un être humain. Ce transfert de responsabilité de l’homme à la machine pose toute une série de problèmes, notamment d’ordre juridique et militaire.
Un premier problème — majeur — concerne le respect du droit international humanitaire : en particulier l’obligation pour les parties en conflit de faire la distinction entre combattants et non-combattants, de garantir que les victimes civiles et les dommages causés à des installations civiles (bâtiments) ne soient pas disproportionnés par rapport aux gains militaires attendus, ainsi que de prendre les précautions nécessaires pour protéger les populations civiles. Comme le souligne le Comité International de la Croix Rouge, ces obligations ne peuvent pas être transférées à une machine. Car le respect du droit international humanitaire (DIH) nécessite une capacité d’analyse et d’empathie dont ne dispose pas un robot tueur, aussi avancé soit-il. Pour reprendre les termes du lieutenant-colonel retraité John McBride, 'une machine déterminerait si la cible est un combattant uniquement sur la base d’une programmation préalable' (!)
De plus, l’impossibilité pour un robot tueur d’être traduit en justice en cas de crime commis constitue une difficulté supplémentaire. En d’autres termes, un robot tueur pourrait frapper en toute impunité.
ROBOT NEXTERLe risque que le recours aux robots tueurs ne facilite le déclenchement de conflits armés n'est pas à sous-estimer. D’abord parce qu’il élimine les dernières barrières psychologiques à l’utilisation de la force. Ensuite, parce qu’en réduisant le coût humain d’un conflit armé, le recours aux robots tueurs rend l’entrée en guerre plus facile et réduit l’incitation à trouver une solution politique. Comme le souligne l’organisation néerlandaise PAX, le recours à ces engins crée (également) le risque d’accélérer les courses aux armements, avec des robots tueurs qui s’affronteraient/ront à des vitesses ne permettant plus le moindre contrôle humain. Les robots tueurs étant relativement peu coûteux et faciles à copier, ils pourraient également proliférer et tomber aux mains de groupes terroristes, voire être piratés. Enfin, les interactions entre robots tueurs ennemis pourraient être très imprévisibles. Comme le fait remarquer l’ONG Human Rights Watch, 'la grande majorité des Etats qui se sont exprimés à ce jour considèrent la prise de décision, le contrôle ou le jugement humains comme essentiels à l’acceptabilité et à la légalité des systèmes d’armes'.
 

Réticences, résistances et oppositions

Alors, à quand un traité sur les robots tueurs et dans quelle enceinte ?
Depuis 2013, 78 États ont déjà appelé à l’interdiction des robots tueurs, que ce soit à travers des déclarations nationales ou des déclarations de groupes. Mais une dizaine d’États (Australie, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Israël, Pays-Bas, Royaume-Uni, Russie et Turquie), s’opposent à la négociation d’un traité sur les robots tueurs, qu’ils jugent ’prématurée’ . Parmi ces États, la Russie. Son représentant a expliqué ’Nous ne sommes pas favorables à un résultat concret de nos travaux’. Les États-Unis s’opposent à toute référence à la nécessité d’un contrôle humain sur l’usage de la force. Quant à la Chine, si elle a bien appelé à interdire l’utilisation des armes entièrement autonomes, son appel ne couvre pas le développement et la production de ces armes. 
Dans la mesufre où les États parties à la CCW prennent leurs décisions sur la base du consensus, il est difficile d’imaginer comment un accord crédible sur les robots-tueurs pourrait se dégager dans cette enceinte. En raison de cette opposition, et du coronavirus, les discussions au sein de la Convention sur certaines armes classiques ont été reportées. Elles devraient reprendre en 2021 sous la présidence de la Belgique. Le 30 septembre 2020, le nouveau gouvernement fédéral (belge) écrivait à ce propos : ’Notre pays prendra l’initiative pour parvenir à un cadre réglementaire sur les systèmes des armes entièrement autonomes, en vue d’une interdiction internationale’. En raison des blocages persistants au sein de la CCW, la Belgique devra rapidement envisager d’autres enceintes si elle veut faire aboutir son initiative et répondre ainsi à l’appel du Secrétaire général de l’ONU  à interdire ces armes qui sont ‘politiquement inacceptables et moralement révoltantes’. 

Stan Brabant -Directeur adjoint du GRIP
LOGO SPECIAL GRIP'Eclairage' de décembre 2020. 
Avec l’aimable autorisation de l’auteur - qui tient à remercier le major aviateur e. r. Lode Dewaegheneire, Solène Jomier, Yannick Quéau et Merel Selleslach pour leurs précieux commentaires. 

Pour en savoir davantage : le factsheet de Pax Christi, Belgique,  Campaign to Stop Killer Robots

LOGO IPPNWLes Etats dotés d'armements nucléaires (USA, Royaume-Uni, France par exemple) sont ceux qui ont le plus mal géré le coronavirus. TIMOTHY RUFF
La pandémie du Covid-19 a démontré que les arsenaux massifs sont inutiles en cas de pandémie. Les pays qui ont dépensé des sommes obscènes en armes nucléaires n’ont pas réussi à fournir l’équipement de protection le plus élémentaire contre le coronavirus, mettant ainsi leurs citoyens en danger chaque jour.
De nouveaux agents pathogènes continueront à évoluer, à se propager et à perturber notre monde. En effet, alors que nous épuisons les habitats d’autres espèces, alors que nous faisons des ravages climatiques et que nous produisons des aliments de manière industrielle, nous pouvons nous attendre à de nouvelles maladies infectieuses plus souvent.
COVID-19 n’est que la dernière en date ; ce ne sera certainement pas la dernière. C’est déjà assez grave, mais c’est loin d’être la pire à laquelle on pourrait s’attendre.

Exposer la vulnérabilité

Le coronavirus a pris au dépourvu même les nations les plus riches ; leurs armements massifs sont inutiles contre une petite agrégation insensée d’ARN monocaténaire, de quelques protéines et d’une fine enveloppe lipidique d’environ 120 nm de diamètre.
Les nations qui investissent des sommes obscènes dans des armes nucléaires qui ne doivent jamais être utilisées n’ont pas été en mesure de fournir les équipements de protection les plus élémentaires – blouses, gants et masques à leurs professionnels de santé de première ligne qui se mettent en danger chaque jour.
L’organisation de santé publique la mieux financée au monde, les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, est passée de la recommandation de respirateurs N95 pour les médecins et les infirmières à risque à la recommandation de bandanas improvisés face à de graves pénuries de la protection la plus élémentaire coûtant une fraction de dollar.
Le gouvernement états-unien a rejeté l’aide internationale en matière de kits de dépistage et s’est retrouvé avec un nombre terriblement insuffisant de ses propres kits défectueux.

Lire la suite : Ceux qui ont le plus mal géré le Coronavirus

EXTRACTIVISMEDu détournement des richesses à la culture de la guerre.

La mondialisation telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est pas sans conséquence sur l’émergence des facteurs d’insécurité qui dominent le paysage politique. Ces facteurs, au nombre de quatre, ont déjà été identifiés par les chercheurs du Oxford Research Group à Londres :

la compétition accrue pour l'accès aux ressources,

la militarisation globale,

le dérèglement climatique, (et)

la marginalisation/exclusion d’une grande partie de la population mondiale.

Ces facteurs (ou moteurs d'insécurité) méritent non seulement d’être répertoriés, mais aussi additionnés. Ils sont tellement interconnectés qu’il serait inapproprié de les dissocier.

Le présent rapport développe la question de la compétition féroce pour l’accès aux ressources, en zoomant sur la situation qui prévaut sur le continent africain, un échantillon représentatif d’une situation qui se généralise. 

Cette course effrénée aux énergies fossiles et richesses minières mobilise les faiseurs de guerres, fait parler la poudre, donc contribue à la militarisation (2e facteur). Cette militarisation (qui est une tendance lourde) tire profit de l’extraction des ressources, attise de nouvelles convoitises et accélère à son tour le dérèglement climatique (3e facteur) qu’elle entend contrer via le recours aux forces armées. Ce ‘climate change’ constitue à son tour un multiplicateur de menaces, en raison de l’interaction explosive entre super-extractivisme et crise climatique. Mais ces deux facteurs, sur fond de militarisation et d’exclusion, s’imbriquent aux deux autres. L’acharnement pour s’approprier les matières premières et minerais stratégiques par la violence des prédateurs appauvrit les démunis. Pire encore, il accélère le processus de marginalisation d’une partie croissante des populations, contribue à l’exclusion politico-économique (4e facteur), qui se manifeste à travers la prolifération des déplacés, des réfugiés (climatiques ou non) et d’États fragiles, dont 8 sur 12 se situent sur le continent africain. Ce ‘rideau de fer des inégalités’ selon l’expression d’Amartya Sen suscite en ricochet des dérives militaristes, y compris les mesures contestables de sécurisation.

B.C. janvier 2019

Jaquette RON FRlightQue ce soit à des fins de défense, d’agression ou de répression, l’Histoire le démontre, on fabrique et vend des armes pour les utiliser. (...)
Certains avancent que les politiques de militarisation conduisant inéluctablement à un conflit majeur auraient été démenties lors de la guerre froide. Rien n’est jamais inéluctable et c’est omettre trois choses. La première, la détention de l’arme nucléaire par les États-Unis et l’Union soviétique, rejoints par le Royaume-Uni, la France et la Chine ; dans le cadre de cet ‘équilibre de la terreur’, aucune partie ne peut échapper aux effrayantes conséquences d’un conflit nucléaire. La seconde, le fol engrenage militaire et financier de la ‘guerre des étoiles’ qui a participé à l’implosion de l’une des parties. La troisième, la guerre "froide", correspondant à une longue période de paix pour la zone atlantique (Amérique du Nord et Europe), fut vécue comme guerre chaude dans le Tiers-Monde.
De 1946 à 1989, guerres aux luttes de libération, ingérence militaire des puissances impérialistes dans des guerres civiles, interférence du conflit Est-Ouest dans des conflits, actions subversives contre les mouvements populaires, vingt-sept guerres - dix en Asie, cinq au Moyen-Orient, dix en Afrique et deux en Amérique du Sud et centrale -, firent chacune plus de 100 000 morts. La guerre ne fut pas mondiale , mais elle fut une terrible réalité au Sud où, durant cette 'guerre froide', les morts se comptent par millions, les blessés par dizaines de millions et les déplacés par centaines de millions.
Depuis 1990, nous sommes dans un monde différent - pas celui annoncé par Georges Bush père déclarant le 3 mars 1991 : ‘Maintenant, nous pouvons voir venir un Nouveau monde… Un monde dans lequel les Nations unies, libérées de l'impasse de la guerre froide, sont en mesure de réaliser la vision historique de leurs fondateurs…’ , monde dont il annonçait la nature en ajoutant : ‘La guerre du Golfe est le premier test de ce monde nouveau’. Premier test, mais pas le dernier. Depuis 1991, en raison des politiques hégémoniques des grandes puissances, le monde a été engagé dans un engrenage de ‘guerres justes’, démocratiques qui ont généré un état de guerre permanent en Afghanistan, Irak, Syrie, Libye…, suite de conflits internationalisés auxquels ni la force des armes, ni les voies diplomatiques ne parviennent à mettre fin.

La militarisation du monde

Ces guerres incoercibles, dans lesquelles interagissent les contradictions de la mondialisation libérale, des ambitions hégémoniques globales et régionales, des discours et interventions irresponsables, des idéologies mortifères, inscrivent le monde dans une militarisation effrénée et le rendent plus dangereux que lors de la guerre froide. Les zones de tensions se multiplient, mais aussi, la terreur nucléaire n’est plus un garde-fou, l’arme atomique ressemble fort peu à la bombe d’Hiroshima ou de Nagasaki. Avec la sophistication des armements, les puissances nucléaires se sont dotées d’un arsenal d’armes nucléaires tactiques ou stratégiques à utiliser selon le degré d’intensité du conflit, dont l’horreur humaine est absolue, mais dont l’emploi peut être ‘gradué’. Ainsi, une étude de l’UNIDIR (Institut des Nations Unies pour la Recherche sur le Désarmement) de janvier 2017 conclut que ‘La menace d'une utilisation des armes nucléaires, qu'elle soit accidentelle ou délibérée, se situe sans doute à son plus haut niveau depuis l'effondrement de l'Union soviétique, il y a 26 ans’.
sipriConséquence de ce climat de tensions et de guerres, les dépenses militaires dans le monde explosent depuis le début du XXIe siècle. Estimées par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) à 1021 milliards de $ par an de 2002 à 2006, elles sont passées à 1 540 Milliards de U$ de 2007 à 2011 (soit une augmentation de 51 %), pour atteindre de 2012 à 2016, la somme de 1 728 milliards de U$ (+12 %). En 2016, les dépenses militaires dans le monde ont représenté 2,2 % du PIB mondial, ce qui correspond au PIB (Produit Intérieur Brut) de la 9e puissance mondiale, le Brésil
Un regard sur les dépenses militaires par continent montre que leur augmentation est mondiale

Lire la suite : La militarisation s'exporte bien

MAP INDIAN OCEANIls ont vécu en paix pendant 2 siècles sur la seule île habitée que comptent les 55 îles de l'archipel qui appartiennent à la Grande-Bretagne depuis 1814. Il s’agit d’un bout de terre de 28 km2. De là, 2.000 Chagossiens ont été expulsés dès que les autorités britanniques ont accepté de louer cette île aux Etats-Unis. Un deal officialisé à Londres le 30 décembre 1966. En quoi consistait ce ‘deal’ ? En échange de l’annulation d’une dette de 14 millions que Londres avait contractée auprès de Washington pour l’acquisition de sous-marins Polaris, Londres confie Diego Garcia aux Américains en se pliant à leurs exigences : faire en sorte que le terrain cédé soit vidé de tout habitant. Pour y parvenir, Londres arrête d’approvisionner les insulaires en vivres et médicaments, et les Chagos sont contraints d’évacuer. L’expulsion devient un fait accompli. 

La base militaire

diego garcia2Officiellement, le bail se justifiait pour assurer la protection des 'autoroutes des hydrocarbures' et des matières premières stratégiques traversant l'océan Afro-asiatique pour une période de 50 ans. La réalité est plus crue : depuis 1966, les États-Unis ont investi plus de 3 milliards de U$ dans la création, la modernisation, l'entretien et l'utilisation de Diego Garcia. Pour le Pentagone, c’est l'une des installations américaines les plus importantes du point de vue stratégique : située au cœur de l'océan Indien et atteignable uniquement par transports militaires, la base a été mise au service d’opérations militaires depuis l'époque de la guerre froide jusque dans les luttes antiterroristes d'aujourd'hui, en abritant (par exemple) une prison secrète de la CIA, selon l’anthropologue qui vit à Washington, David Vine. Dans la mesure où le bail expirait en 2016, les Chagos espéraient regagner leur île natale et se sont installés, temporairement comme on leur avait dit. Il s’agit de 10.000 Chagos déracinés qui vivent actuellement à Maurice, (qui réclame les îles Chagos depuis 1980), aux Seychelles et au Royaume-Uni. Mais le temporaire risque fort de ne pas l’être. 

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