C'est à Genève, dans les cercles pacifistes où se construisait l'Europe à la sortie de la guerre, mais aussi sur le continent africain en voie de décolonisation, l’Afrique de Nkrumah et de Ben Bella qu'Esther trouve sa vocation. Avant de rentrer en Alsace, sa terre natale, en moquant l’euphorie des promoteurs de la centrale de Fessenheim, et en mariant le combat écologique et celui de la paix.
Du pacifisme, d'Accra à Reggane
A la fin de la guerre, Esther a douze ans. "Le 8 mai 1945, j'ai décidé que j'allais faire la paix dans le monde, rien que ça", confie-t-elle. Les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki, quelques mois plus tard, confortent sa décision, alors qu’elle assiste à la visite de la première délégation en provenance du Japon.
En septembre 1949, Garry Davis qui milite pour le droit à l'objection de conscience, est arrêté à plusieurs reprises alors qu'il manifeste devant la prison parisienne où est incarcéré Jean-Bernard Moreau qui inspirera le film ‘Tu ne tueras point’ du réalisateur Claude Autant-Lara
(film,_1961).
A Londres, en 1960, le chemin d’Esther croise à nouveau celui de Garry Davis, ce militant pacifiste connu pour avoir interrompu une séance de l’ONU à Paris en 1948 afin d’alerter sur l’éventualité d’une guerre nucléaire. En 1962, il publie ‘My Country is the World’ dans lequel il développe ses idées universalistes. Georges Perec lui rend hommage dans son recueil ‘Je me souviens’ en 1978 : « Je me souviens du citoyen du monde Garry Davis. Il tapait à la machine sur la place du Trocadéro. Il marque une génération qui prône l’action non-violente'.
Lorsque Garry et Esther se marient, elle a 31 ans. La mairie de Strasbourg les unit trois fois plutôt qu'une pour satisfaire la presse locale, car Garry est alors au sommet de sa notoriété. De cette union naîtront trois enfants : Troy, Athéna et Kim. Pour la maman, çà se résume à : "Ce n'était pas très drôle d'être l'épouse d'un monsieur qui était souvent emprisonné non pas parce qu'il volait des choses, mais parce qu'il voulait faire la paix",
A Genève, Esther fait la connaissance de Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel de physique, fraîchement démis de ses fonctions de Haut-Commissaire à l'Energie atomique (CEA) par un gouvernement français furieux de sa participation à l'Appel de Stockholm.
"Quand elle demande pourquoi les Français s’imposent sur le territoire algérien, Joliot Curie répond que, pour l'Etat français, il est important de disposer du Sahara pour procéder à ses essais nucléaires. (?!). Ironie de l’histoire, c’est à cette époque, à la fin des années 50, qu’une rencontre impromptue va marquer le début de son engagement antinucléaire (militaire). Il s‘agit d’une rencontre avec Komla Gbedemah, le ministre ghanéen des Finances et qui préside de 1957 à 1961, le fédéralisme mondial, une ONG qui fait la promotion d’un gouvernement fédéral mondial. Il tente de persuader Esther de participer à une marche en Afrique de l'Ouest contre l'imminence d'essais nucléaires atmosphériques dans le Sahara. Dans un premier temps, Esther, qui se retrouve avec un petit garçon de cinq ans à charge, refuse. Mais après plusieurs relances, elle se laisse convaincre. En 1959, elle s'accorde donc une année sabbatique pour se rendre au Ghana. Elle accompagne l'Américain Bill Sutherland, un militant pour les droits civiques, afin de lever des fonds en faveur d'une nouvelle campagne contre les essais nucléaires français. Accra devient de ce fait la capitale des revendications dans la région.
Esther s’engage au sein de la ‘Sahara Protest Team’. Sa nationalité française offre au mouvement une crédibilité particulière. Elle distribue des tracts sur lesquels on peut lire : "Peuple d'Afrique, l'Afrique est en danger ! Nous, la Sahara Protest Team, essayons par nos propres moyens de mettre fin à ces essais nucléaires, à la manière de Gandhi." Dans son journal, Esther écrit : "Pour être sûre d'être entendue, j'ai tenté, en compagnie d'un groupe d'hommes aussi naïfs que moi, de me rendre à Reggane. Nous avons été arrêtés‘par des hommes en short kaki munis d'armes pas-en-plastique’. Cette expérience formera la matrice de tous ses combats futurs.
L’anti-colonialisme de Lumumba à Mandela
Esther éprouve une empathie naturelle pour les peuples colonisés. "Un jour de 1948, alors que j'étais à la frontière allemande, j'ai croisé des douaniers portant une cape du même genre que celle des SS et j'ai vomi de peur. Après ça, j'ai cherché un moyen d'intégrer les Allemands dans mon imaginaire ; et j'ai commencé à penser que certains Africains devaient parfois éprouver le même genre de sentiments et ressentiments vis-à-vis des colons, qu’ils soient britanniques, italiens, ou français. En 1951, Esther prend un bateau pour Alger et explique la raison d’être de sa démarche : "Je voulais comprendre pourquoi, dès qu'on dispose de certains moyens, on écrase l'autre. Sur place, j'ai été frappée par le mépris des colons vis-à-vis des Algériens." Un mépris qu'elle subit elle-même lors de son retour en France quelques semaines plus tard. Elle découvre alors que sa mère, lassée par ses allées et venues, lui a trouvé un poste de réceptionniste à l'hôtel de la Maison Rouge à Strasbourg. Loin de l'éloigner de la politique, c'est précisément dans cet hôtel qu'Esther rencontre Duncan Sandys, le gendre de Winston Churchill. Un soir, alors qu'elle tente de le convaincre de la nécessité de mettre fin à la colonisation, elle s'adresse directement à Churchill, alors de passage à Strasbourg à l'occasion d'une assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Une institution au sein de laquelle Esther sera embauchée, deux ans plus tard. Elle a 22 ans et y travaillera près de 25 ans comme fonctionnaire internationale à la direction de l'Environnement.
Le 13 février 1960, la France fait exploser (à titre expérimental) sa première bombe A au Sahara. Nom de code : Gerboise Bleue. En avril, Esther est de retour au Ghana pour participer à la Conférence ‘Positive Action’, considérée comme l'apothéose de la Sahara Project Team. Les plus grandes figures de la révolution africaine sont présentes : Nelson Mandela, Patrice Lumumba et Frantz Fanon.
Citoyenne du Monde, mondialiste et avec ‘Genève 1950’
Quand Esther fait la connaissance de Garry Davis ce pilote vient de fuir les États-Unis et mettre sur pied le mouvement des Citoyens du Monde avec le résistant (français) Robert Sarrazac, les écrivains Albert Camus et André Breton, l'Abbé Pierre, Claude Bourdet, co-fondateur de Combat et de L'Observateur. Le terme de ‘Citoyen du Monde’ ne parvient au public que lorsque ce citoyen des Etats-Unis s’installe, le 12 septembre 1948 avec son sac de couchage, sur les marches du Palais de Chaillot, un bâtiment symboliquement ‘internationalisé’ afin d’accueillir la jeune ONU. En effet, c’est au Palais de Chaillot que l’Assemblée générale des Nations unies adopte la Déclaration universelle des droits de l'Homme le 10 décembre 1948. (adoption par 54 Etats). Deux ans plus tôt, l’ONU qui vient d’être créée, tient deux sessions extraordinaires dans une salle du théâtre de Chaillot. Pour l’occasion, le palais reçoit un titre d’extraterritorialité temporaire ; c’est-à-dire que la France laisse s’exercer l’autorité de l’organisation sur une partie de son territoire propre.!
Selon une légende propagée par un journaliste, Garry aurait déchiré publiquement son passeport. En réalité, Garry l'a rendu à l'ambassade des États-Unis à Paris, solennellement, devant la presse. Mais le personnage suscite alors un réel engouement. Il est d’abord soutenu par de nombreux intellectuels réunis dans un « Conseil de Solidarité » (Breton, Camus, Mounier, Vercors, etc.). Il s’est rendu populaire pour avoir interrompu une séance de l’ONU et réclamé un gouvernement mondial. Il fait pendant presque trois mois la ‘une’ des journaux, se fait acclamer par 20.000 Parisiens au Vel d’Hiv’, reçoit un courrier monumental et obtient une audience auprès du President de la République. Tout célèbre qu'il fut, le ‘premier des Citoyens du Monde’ n'a pas d'existence légale en France. Ayant renoncé en 1947 à sa nationalité états-unienne, il s’est mis sous la protection de l'ONU en tant qu'apatride. Il ne pouvait donc entrer ou résider en France qu'après de longues tractations à la frontière, dans le meilleur des cas, ou des séjours à l'ombre. Il s'est même retrouvé une fois sous le coup de décisions juridiques contradictoires : l'assignation à résidence et l'expulsion du territoire. C'est donc Esther qui élève seule ses enfants. Athena se souvient encore de la réaction ahurie de son institutrice quant à la question "Quel métier fait ton papa ?" la petite de six ans répondit : "Il voyage et il va en prison".
En Belgique, Esther séjourne chez le peintre Edgar Gevaert, favorable à l'instauration d'un gouvernement mondial. Elle fréquente ceux qui défendent un projet mondialiste dont Thomas Mann, Albert Einstein ou encore l‘Abbé Pierre’, (qui porte alors son nom de naissance, Grouès), qui vient de fonder le mouvement Emmaüs de lutte contre l'exclusion, et qui aura une certaine notoriété à la suite de son Appel à la radio pendant le si rigoureux hiver 54.
Ils s’accordent tous sur un objectif : exhorter les Etats-nations à transférer une part de leur souveraineté au profit d'institutions supranationales, démocratiquement élues. En 1948, à Genève, une convention s'élabore avec pour objectif de se doter d'une constitution mondiale. A cette époque, des parlementaires états-uniens et européens soutiennent l'idée de former un "gouvernement de la Terre". Pour Winston Churchill, Willy Brandt, Léon Blum, Nehru, le Mahatma Gandhi et une longue liste d'hommes politiques et d'intellectuels, une 'fédération mondiale' apparaît comme la meilleure option pour se prémunir d’un nouveau d’un conflit mondial. Le projet surnommé "Genève, 1950" réunit 500 délégués de 47 pays. Esther s’implique et se trouve embauchée comme secrétaire plurilingue pour rédiger des procès-verbaux et des résolutions. Etant la benjamine, elle se voit confier surtout les tâches les plus ingrates. "Je savais tourner la manivelle du ‘polycopieur’, (photocopieuse), lécher des timbres, bricoler des affiches, écouter des discours, confiera-t-elle. J'étais l'unique fille d'un groupe d'hommes qui avalaient le café plus vite que je ne pouvais le faire."
Européiste avec le rapport Cadmos et Ecoropa
Dans son bureau du Palais Wilson, un ancien hôtel qui abritait jusqu’à récemment le siège du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (H.C.R.), Esther se trouve immergée dans cet univers où se côtoient des personnalités dont Paul Graf Yorck Von Wartenburg, le frère de celui qui a tenté d'assassiner Hitler, et qui préside alors le Conseil Œcuménique des Eglises. Elle côtoie par la même occasion les précurseurs de la construction européenne. Parmi eux, le philosophe et écrivain suisse Denis de Rougemont qui sera l'initiateur à Berlin, du Congrès pour la liberté de la culture ; avant d’être l’un des animateurs du collectif Ecoropa, à partir de Juin 1976. Dans le Rapport "sur l'Etat de l'Union de l'Europe en 1979", préparé par le ‘groupe Cadmos’ et mis en forme par Denis de Rougemont, il s’agit d’éclairer l’opinion européenne au moment des premières élections directes du Parlement européen. On peut y lire : "Il n'est pas sain que ce qu'on appelle la sécurité de l'Europe paraisse être assurée par la présence de quelques divisions américaines en R.F.A., et non par l'union des forces et des volontés européennes" (p.23) . "Si donc nous refusons que la destruction ou le salut de l'Europe repose entre les mains d'un chef d'Etat américain, nous voilà condamnés à inventer un avenir différent, dans le domaine de la défense plus encore qu'en tout autre" (pages 143-144). Mais encore : "Ce qui manque le plus à l'Europe actuelle, ce sont de vrais projets porteurs d'avenir, capables de redonner une motivation européenne à notre opinion publique" (page 71). Enfin, les auteurs du Rapport proposent de cesser de poser la défense de l’Europe en termes nucléaires (armes offensives commandées de toute façon par Washington) ; ainsi que de donner au Tiers Monde l’exemple d’une société qui n’a pas pour but la puissance, mais l’épanouissement et la liberté des personnes’.
Les guêpes de Fessenheim
La vie domestique (avec 3 enfants) semble prendre le dessus sur le militantisme lorsque, dans le village de Fessenheim, à 38km à vol d’oiseau de son lieu de résidence, se profile le
chantier de la première centrale nucléaire française. Un signe du destin ? Dans son journal, (consulté par son fils Troy), Esther s’interroge : "Depuis deux ans, j'observe en spectatrice une partie de ping-pong entre "spécialistes". On m'assure que […] de ces bâtiments qui vont réchauffer les cours d'eau jailliront des sources illimitées d'énergie, et rien d'autre." A en croire Esther, le discours officiel dressait un portrait partiel, puisque les risques potentiels de cette technologie, intolérante à l'erreur, étaient réellement inconnus, et la question des déchets radioactifs éludée ou transmise aux générations futures... Initialement sans préjudice contre la jeune technologie, son questionnement sans réponses satisfaisantes l'amène, ainsi que nombre d’Alsaciennes et Alsaciens à la conclusion que la menace de risques catastrophiques pour la santé humaine, et pour les écosystèmes dont la vie dépend, représente un lourd prix à payer pour produire et acheminer de d'électricité.
Pendant l'été 1970, elle crée en quelques semaines avec Jean-Jacques Rettig, un militant antinucléaire de la région, le Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin, qui sera à l'origine des mobilisations les plus importantes contre le nucléaire en Alsace. Elle devient de ce fait l'une des pionnières du mouvement antinucléaire en France, publiant avec Annick Albrecht et Francoise Bucher, (Les trois 'guêpes de Fessenheim’) ‘un magazine sur les enjeux dont les spécialistes officiels du nucléaire civil ne parlaient pas, ou ne parlaient qu'en bien.
‘Bien qu’ayant toutes fait des études (Esther fut traductrice, Françoise Bucher, institutrice et Annick Albrecht puéricultrice), elles se présentent comme mères et ‘femmes au foyer’. C’est à partir de cette position de ‘femmes, mères et contre-expertes’ qu’elles constituent leur groupe, prônant l’’appel à la vie’ face à l’industrie du nucléaire. Dans un reportage télévisé datant de 1970, l’une d’entre elles déclare : ‘C’est presque un appel à la révolte, à la révolte légitime des mères de famille qui veulent que leurs enfants et leurs petits-enfants puissent vivre. Il s’agit de ça. En fait, il s’agit de la vie’.
Dans le contexte d'après-guerre, "cela ne se faisait pas de s'attaquer au nucléaire, le nucléaire civil incarnait l'énergie du futur, la solution à tous les soucis d'approvisionnement. Les Alsacien/nes qui s'opposaient aux projets de centrales étaient particulièrement critiqué(e)s, et traité(e)s d'"antifrançais". Esther, quant à elle, est régulièrement attaquée par les scientifiques qui s'alignente sur les arguments classiques.
Ses fréquents voyages aux Etats-Unis pour rendre visite à sa belle-famille lui donnent l'opportunité d'appréhender les problèmes de pollution et les risques sanitaires liés à l'exploitation nucléaire. A partir de documents fournis par la belle-soeur sur les dégâts causés par la centrale du Vermont, sur la résistance de militants réclamant sa fermeture, Esther rédige un livret de 60 pages, ‘Fessenheim : vie ou mort de l'Alsace’. C’est là qu’elle détaille les dégâts potentiels des "usines atomiques", (comme on disait à l'époque), sur les hommes et l'environnement. "L'utilisation civile de l'énergie nucléaire ne me posait pas de problème, admet Esther, mais j'avais des doutes quant à l'implantation de puissants réacteurs dans une région fortement peuplée". Le livret paraît grâce à la complicité d'un imprimeur et grâce à Germain Müller, auteur, acteur, homme politique et personnage-phare de la culture alsacienne. Plus digeste et accessible que les rapports scientifiques, mais tout aussi précise, la publication fait mouche. Des marches qui rassemblent plusieurs milliers de manifestants sont organisées autour de Fessenheim.
Naissance de l'écologie militante
Esther contribue à lancer la section française des Amis de la Terre. Très vite, le mouvement travaille avec des collectivités situées de l'autre côté du Rhin. Dans les médias ou lors de conférences organisées par Électricité de France, (EDF), le mouvement est accusé de travailler en sous-main pour les concurrents : General Electric, les compagnies pétrolières ou encore pour le gouvernement russe. Lors d’un débat au cours duquel Esther est invitée par la radio RTL, elle demande au physicien Louis Neel si, à son avis, cette centrale représentait un quelconque danger, notamment pour les enfants. Son interlocuteur la regarde droit dans les yeux et répond qu'avec son intelligence, elle risquait de ne pas comprendre’. ( !).
Dès 1975, elle réintègre le Conseil de l'Europe en qualité de fonctionnaire internationale. Bénéficiant alors d'une crédibilité nouvelle, elle en profite pour s'investir de plus belle dans le mouvement écologiste. Sa mission : convaincre les sympathisants de l'écologie que le mouvement anti-Fessenheim, ou anti-nucléaire en général, n'est financé ni par les Russes ni par les Etats-Uniens. D’ailleurs, convaincre fait partie de ses talents. C'est donc tout naturellement qu'elle devient l'égérie d'un mouvement contestataire "principalement animé par des femmes de la bourgeoisie, de caractère, féministes et multilingues", détaille Andrée Buchmann, hier encore conseillère municipale de Schiltigheim, et qui appartient à cette génération d'Alsaciennes pionnières de l'écologie politique française.
Durant les années qui suivent, le nom d'Esther apparaît quelques fois sur des listes électorales, mais la politique ne l'intéresse pas ; elle ne l'a jamais appréciée. Elle perçoit ce milieu comme intrinsèquement violent et incompatible avec ses convictions. Lors de l'élection présidentielle de 1974, elle se démène pour recueillir en Alsace le maximum de signatures en faveur de René Dumont. Celui-ci se rend sur le site de Fessenheim et, lors d'un meeting à Mulhouse, annonce que "l'utopie fait son entrée dans l'histoire de France". Mais cette utopie aura ses limites …
Ecologisme et l’Institut Eco-Conseil
Dans les années 80, durant lesquelles le 'développement durable' commence discrètement à faire parler de lui, Esther entame une bifurcation : "Je voulais créer une fonction pouvant prévenir, réduire, dénouer les conflits entre l'écologie et l'économie." Pragmatique, elle présente à Paris, au cours d'une réunion avec Jacques Delors, (président de la Commission européenne de 1985 à 1995), un rapport dans lequel elle souligne la nécessité de mettre à la disposition des responsables politiques des personnes capables de répondre aux enjeux environnementaux. "A l'époque, on parlait d'écologie, pas d'environnement. Les notions de transversalité et d'interdisciplinarité étaient totalement inconnues ", souligne-t-elle. Inspirée par des initiatives similaires à Hambourg (grâce au Dr. G. Winter), Esther parvient à rassembler des financements pour un projet pilote en Alsace. Puis, dès 1987, elle fonde l’Institut européen pour le conseil en environnement qui prend le titre d’institut Eco-Conseil et dont la raison d’être consiste à former des conseillers capables de seconder les collectivités territoriales dans les domaines du traitement des déchets, de l'aménagement du territoire et de l'urbanisme.
Esther a pu se réjouir d’avoir formé des experts qui travaillent au-delà des frontières, y compris au PNUE à Naïrobi, Elle a été fière d’avoir accueilli et formé une jeune femme qui est devenue maire de la ville de Bamako." Plus de 925 éco-conseillers/ères ont été formés à ECO-Conseil Strasbourg. Et, l’association a fêté ses 38 ans en 2025.
Cofondatrice des Amis de la Terre et des Verts, Esther Peter-Davis est décédée le 8 octobre 2022 à l’âge de 90 ans. L’ensemble de ses combats – anticolonial, antinucléaire, anti-machiste, écologiste – tire leur origine de son désir de ‘construire la paix’.
B.C.
avec ma sincère reconnaissance pour les propos recueillis et transcrits par Troy.
