Dérèglements climatiques

Groenland - la cata climatique au service d’un colonialisme

TRUMP et GR2Les experts de l’ONU – dont George Katrougalos, expert indépendant sur la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, Albert K. Barume, Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones, Nicolas Levrat, Rapporteur spécial sur les questions des minorités, Surya Deva, Rapporteur spécial sur le droit au développement, Cecilia M. Bailliet, experte indépendante en droits de l’homme et solidarité internationale, ont souligné que toute tentative unilatérale de modifier le statut territorial ou constitutionnel actuel du Groenland – en tant que territoire autonome du Royaume de Danemark – violerait le droit international. Il pourrait aussi compromettre la stabilité régionale dans l’Arctique, un domaine d’une importance majeure pour la communauté internationale. Au-delà, il affaiblirait le respect des normes multilatérales et du règlement pacifique des différends. Pratiquement tout le monde parle actuellement, d’ailleurs à juste titre, de l’intention très clairement exprimée de Trump d’occuper et d’annexer Groenland, de gré ou de force. Cependant, on n’a vu personne faire allusion à celle qui serait de loin la plus importante et la plus grave conséquence de cet acte impérialiste et colonialiste du trumpisme déchaîné : l’énorme accélération et aggravation de la catastrophe climatique déjà en cours ! Une accélération de la crise climatique aux effets cauchemardesques pour l’humanité, lesquels seraient incomparablement plus importants que toutes les – si discutées – conséquences géopolitiques et autres de son occupation par les Etats-Unis.
En effet, étant donné que Groenland est le centre névralgique du réchauffement climatique mondial, se réchauffant environ quatre fois plus vite que le reste du monde, l’intention de Trump de l’éventrer afin de procéder au pillage généralisé de son sous-sol riche en terres rares et même en or et en pétrole, au nom des besoins de la sécurité nationale des Etats-Unis, ne fera qu’accélérer énormément ce qui est déjà en train de se produire : la fonte de sa calotte glaciaire – la deuxième plus importante après celle de l’Antarctique – qui a comme conséquence directe l’élévation du niveau des mers ! Une élévation du niveau des mers qui perturbe déjà les courants océaniques, au point même de les menacer d’effondrement.
Et pour qu’il n’y ait pas de doute quant à la gravité de cette menace, voici ce qu’on a pu lire dans les dépêches des grandes agences de presse mondiales, il y a deux mois : l’Islande a qualifié l’effondrement potentiel d’un important système de courants océaniques dans l’Atlantique de menace pour la sécurité nationale et d’enjeu existentiel, ce qui permet à son gouvernement d’élaborer des stratégies pour faire face aux pires scénarios, a déclaré le ministre islandais du Climat à Reuters. En effet, selon les climatologues, l’effondrement de plus en plus probable du système des courants océaniques appelé AMOC aurait des conséquences dévastatrices et irréversibles, en particulier pour les pays nordiques, mais aussi pour d’autres régions du monde . Il élèverait le niveau de la mer dans l’Atlantique, modifierait les moussons en Amérique du Sud et en Afrique, réduirait les précipitations en Europe et en Amérique du Nord, provoquant une vague de froid hivernal en Europe, avec une banquise susceptible de s’étendre vers le sud jusqu’au Royaume-Uni !
En somme, l’affaire de l’imminente occupation du Groenland par Trump et ses acolytes, confirme pour la énième fois non seulement le peu de cas que Trump, le climato-négationniste, fait de la protection de l’environnement, mais aussi son mépris total du droit international et des droits des populations indigènes. Un mépris que l’idéologue et homme fort de la Maison Blanche Stephen Miller s’est d’ailleurs empressé de mettre en lumière sous toutes ses facettes, il y a quelques jours, à l’occasion de son interview par la CNN.
Alors, prêchant le retour au bon vieux temps du colonialisme décomplexé, le principal conseiller et confident de Trump Stephen Miller (qui se complait de s’inspirer de Goebbels dans ses discours et ses idées a fait scandale en sortant les affirmations suivantes : ‘Peu après la Seconde Guerre mondiale, l’Occident a dissous ses empires et ses colonies et a commencé à envoyer des sommes colossales d’aide financée par les contribuables à ces anciens territoires (alors qu’il les avait déjà rendus beaucoup plus riches et prospères)… L’Occident a ouvert ses frontières, dans une sorte de décolonisation permanente, offrant des prestations sociales et donc des transferts de fonds, tout en accordant à ces nouveaux arrivants et à leurs familles non seulement le droit de vote, mais aussi un traitement juridique et financier préférentiel par rapport aux citoyens autochtones. L’expérience néolibérale, dans son essence même, a été une longue auto-punition des lieux et des peuples qui ont construit le monde moderne . Et après ce véritable éloge du colonialisme à l’ancienne suivi d’une condamnation sans appel de la décolonisation, Miller a conclu en décrivant ainsi l’effrayant credo du trumpisme : ‘Nous vivons dans un monde où l’on peut parler autant que l’on veut de subtilités internationales et de tout le reste, mais nous vivons dans un monde, dans le monde réel… qui est régi par la force, qui est régi par la puissance, qui est régi par le pouvoir. Ce sont les lois d’airain du monde. (…) ‘Nous sommes une superpuissance. Et sous le Président Trump, nous allons nous conduire comme une superpuissance’.
Nous voici donc prévenus. La véritable nouveauté n’est pas que les Etats-Unis sous Trump vont se conduire comme une superpuissance, ce qui était déjà fait bien avant lui, mais plutôt qu’ils vont se conduire comme une superpuissance coloniale à l’ancienne ! C’est-à-dire, pratiquant la domination et le pillage directes, le racisme décomplexé et la violence militaire brute, sans les intermédiaires, les hypocrisies pseudo-solidaires et démocratiques, les demi-mots, et tout ce qui a fait le néocolonialisme des dernières 6-7 décennies ! Manifestement, la rupture avec le passé impérialiste est plutôt de taille. Ce qui fait que les prétentions du Trump sur le Vénézuela ou le Groenland ne constituent pas des lubies passagères d’un vieil homme déréglé et mégalomane, mais plutôt des avant-goûts et des premières manifestations d’un projet global politique, économique et militaire à long-terme, destiné à faire sauter tous les équilibres existants, y compris ceux entre les puissances impérialistes. Et tout ça d’autant plus que Trump n’hésite plus à afficher publiquement ni sa nostalgie pour les bons vieux temps quand les suprématistes blancs pratiquaient leur racisme mortifère impunément, ni sa critique de la guerre civile américaine qui a vu la défaite de ses chers esclavagistes sudistes…
Bien naïfs donc et irresponsables ceux qui persistent à confondre Trump avec Biden, Bush ou la… Commission Européenne. Ou qui ne se préparent pas pour affronter le cataclysme raciste, militariste et va-t-en guerre qu’annonce ce retour à la plus extrême barbarie capitaliste que nous promet le trumpisme par la bouche de son idéologue Stephen Miller. C’est donc à nous tous et toutes d’arrêter Trump et ses projets maléfiques et criminels tant qu’il n’est pas trop tard. Car seul notre fatalisme et notre passivité peut garantir à Trump le succès de ses politiques prédatrices, criminelles, imprégnées d’un racisme délirant et profondément inhumaines. En somme, rien n’est décidé d’avance et l’issue de cette mère de tous les combats dépend exclusivement de nous, de ceux d’en bas partout au monde. En commençant par ceux et celles qui se battent déjà au cœur du monstre fasciste, dans les Etats-Unis d’Amérique…
Yorgos Mitralias, 15 janvier 2026
ave l'aimable autorisation de l’auteur, Journaliste, ancien militant de la section grecque de la IVe Internationale et de Syriza, l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette

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