‘Je préviens cette auguste Assemblée que la paralysie peut-être un ennemi aussi redoutable que le chaos. Nous ne pouvons pas perpétuer utilement des positions qui, bien que familières, ne nous rapprochent pas les uns des autres’ Face aux conflits actuels, l’immobilisme de l’ONU apparaît comme le signe de son impuissance à remplir sa fonction de garante de la paix et de la sécurité internationale, tel que prévu par son acte constitutif. Les explications de ce phénomène récemment amplifié sont à rechercher dans sa structure qui ne paraît plus adaptée aux problématiques contemporaines ainsi que dans ses buts et objectifs qui doivent être repensés dans une perspective plus globale. Leurs actions sont paralysées. Ils se contentent de faire appel les uns aux autres et de rejeter la faute sur les autres. Nous savons tous qu’ils mentent sur scène devant 8 milliards de personnes et qu’ils n’éprouvent aucune honte. Si vous soulevez le tapis, vous verrez de la poussière, des cafards de transactions secrètes, des lézards mangeant de petites mouches et des serpents prêts à tuer avec du poison.
Le monde a besoin de l’Assemblée générale de l’ONU
Ce qu’il faudrait, c’est lui donner plus de pouvoir pour faire respecter ses décisions. En effet, jusqu’à présent, ses résolutions, recommandations et déclarations n’ont aucune force juridiquement contraignante ; les Etats peuvent décider de les respecter sur une base volontaire, mais rien ne se passe s’ils ne le font pas. Il faut donc donner davantage de pouvoir à l’Assemblée générale.
Malgré ses limites actuelles, l’Assemblée générale de l’ONU exerce un impact, car, à sa tribune sont prononcés de grands discours. Depuis sa création en 1945, on se souvient de Khrouchtchev en 1960, Ernesto Che Guevara en 1964, Yasser Arafat en 1974, Thomas Sankara en 1984, ou plus récemment Malala Yousafzai en 2018 et Greta Thunberg en 2019. Ces discours marquants, vibrants, exercent des répercussions sur l’opinion mondiale. De plus, l’Assemblée générale permet des rencontres, des échanges informels entre grands responsables mondiaux, dans les coulisses, dans les couloirs. Ainsi, à cette session, le président du Brésil Lula peut rencontrer le président ukrainien Zelensky et échanger avec lui sur la guerre en Ukraine. A la précédente session, des décisions utiles ont été prises, comme l’adoption d’un nouveau terme juridique à employer en temps de guerre : ‘homicide' (acte de détruire des habitations), ou encore la création d’un nouvel ‘indice de vulnérabilité multidimensionnelle’, pour mesurer/évaluer la pauvreté et la précarité.
On le voit, les menaces à la paix ne sont pas limitées aux seuls affrontements entre États mais aussi, de manière plus globale à des questions de développement, de migrations, de protection de l’environnement, d’économie ainsi que d’inégalités. La problématique de la paix ne doit définitivement plus être appréhendée dans sa seule logique belliqueuse mais également au prisme de tous les éléments permettant d’élaborer des relations pacifiques.
Telle est la réalité et la fin de l’ONU. L’ONU a été créée après l’échec de la Société des Nations. L’ONU s’est transformée en une organisation humanitaire sans organe de décision. Elle est comme un lion édenté qui court après ses animaux rapides. Bientôt, vous entendrez dire qu’elle s’est effondrée sous son propre poids.
Elle a été créée dans le contexte d’un monde bipolaire qui a engendré une longue guerre froide entre deux blocs. Elle ne s’inscrit pas dans un monde multipolaire où des forces différentes s’affrontent sur une table de billard. Chaque boule essaie de trouver sa place dans différents trous.
Le multilatéralisme connaît aujourd’hui une crise multidimensionnelle, reflet d’un monde en miettes encore à la recherche d’un nouvel élan collectif
Aujourd’hui, le Canada ne compte qu’une trentaine de militaires et civils engagés dans des opérations de maintien de la paix, un nombre homéopathique, surtout si on le compare aux quelque 450 Casques bleus irlandais aujourd’hui en mission à travers le monde. Les Canadiens sont ainsi au 77e rang en ce qui a trait à la contribution en effectifs au maintien de la paix, notre pire performance depuis 60 ans. Mais là où le bât blesse, c’est dans l’aide publique au développement. Avec une contribution de 0,27 % du revenu national brut en 2019, le Canada est encore très loin des 0,7 % que demande l’ONU. La même année, la Norvège avait consacré plus de 1 % de son revenu national brut à l’aide internationale.
Si l'on additionne les budgets ordinaires du Secrétariat de l'ONU et ceux du maintien de la paix, le coût annuel moyen de l'ONU pour chaque personne sur la planète est d'environ 1,25 dollar ; c'est à peu près le prix d'un sac de chips à New York !
Je suppose que, bientôt, la Ligue des Corporations et des multi-Corporations remplacera les États. Les États tombent comme les tombes d’anciens forts. Les dirigeants font du bruit comme des chèvres et des moutons effrayés. La vérité est que le pouvoir a forcé les principes à s’agenouiller. Personne n’est prêt à écouter la voix des sans-voix malgré les slogans scandés de New York à Tel Aviv. C’est le style de la mafia au nom de la soi-disant ‘démocratie’. Le racisme, l’extrémisme religieux et le localisme augmentent malgré les réseaux mondiaux et la mondialisation.
Regardez dans le miroir de l’avenir et vous verrez une image sombre de l’humanité tâchée de sang. Son visage ne porte aucune trace de honte ou de culpabilité. Bientôt, des robots remplaceront ces êtres humains émotifs et arrogants. Les robots ne pleureront pas du fond de leur cœur, mais suivront les ordres des algorithmes, ce qui facilitera l’acte de tuer l’humanité. Les humains ont déjà commencé à tuer sans émotions. La mondialisation ne concerne pas l’unification des êtres humains, mais la diffusion des machines, des chaînes hôtelières, des produits et des robots. Les gens fuient d’un pays à l’autre, obligés de traverser les frontières pour trouver refuge.
Imaginez un scénario dans lequel un homme jette sans arrêt des enfants dans une rivière. Naturellement, vous vous jetteriez à l’eau pour sauver l’enfant qui se noie. Cependant, dès que vous en sauvez un, l’homme en jette un autre à l’eau. Vous finissez par être épuisé et incapable de sauver de nombreux enfants. La véritable solution consiste à empêcher l’homme de jeter les enfants dans la rivière. Cette analogie souligne la nécessité de s’attaquer à la racine du problème. Au XXIe siècle, les dirigeants se concentrent souvent sur le sauvetage et le renforcement des frontières pour empêcher les immigrants et les réfugiés, au lieu de s’attaquer aux problèmes sous-jacents qui forcent les gens à se retrouver dans des situations aussi désespérées.
La situation mondiale actuelle peut être comparée à un scénario dans lequel les dirigeants se concentrent sur des solutions immédiates, telles que le renforcement des frontières pour empêcher l’immigration plutôt que de s’attaquer aux causes profondes des conflits et des déplacements. S’il peut sembler qu’ils ne comprennent pas ces problèmes sous-jacents, la réalité est plus complexe. De nombreux dirigeants en sont conscients, mais ils donnent la priorité à leurs intérêts géopolitiques et à leurs gains économiques plutôt qu’aux préoccupations humanitaires. Ils s’engagent dans des contrats d’armement et des alliances stratégiques, perpétuant souvent la violence et l’instabilité pour le profit et le pouvoir. Cette approche ne laisse que peu d’espoir pour un avenir pacifique, à moins qu’il n’y ait un changement fondamental qui s’éloigne de la guerre et de la violence pour s’attaquer aux problèmes fondamentaux qui sont à l’origine de ces crises.
Irshad Ahmad Mughal, président de la Iraj Education & Development Foundation, basée au 82B, New Chaburji Park, Lahore.
Traduction de l’anglais par Evelyn Tischer
