ATHENA21.ORG

Géopolitique et développement durable

logo athena

JUPITERIls sont nombreux, à droite comme à gauche (en France, de Raymond Aron à Etienne Balibar), à avoir débattu ou dialogué avec Carl Schmitt (1888-1985), pourtant nanti d’une réputation quelque peu sulfureuse. Ce juriste catholique participe à la rédaction de la Constitution de la République de Weimar, qu’il considère comme belle, presque parfaite ; mais, tenant d’un Etat fort, il critique son impuissance et celle des démocraties bourgeoises en général. En 1933, il adhère au Parti nazi (NSDAP). Concepteur de la théorie des grands espaces , voisine de celle de l’ espace vital que les nazis firent leur, Schmitt refusera après-guerre, au contraire de Martin Heidegger, d’être dénazifié , ce qui le privera de poste universitaire, mais non d’influence…

Lire la suite : Définir l’Ennemi

OTEZ vous la BOMBE du CRANE
Nous devons répéter que la construction de la paix est au cœur du message internationaliste des socialistes, tout en étant conscients que c’est un mécanisme complexe, qui passe par :
- la prévention et l’anticipation, à partir d’une analyse sérieuse de l’état du monde, de ses dysfonctionnements, des motivations des acteurs ;
- l’intervention, menée, lorsqu’elle devient inévitable, sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU ;
- la consolidation de la paix, qui a pour objectif d’éviter qu’un pays ne retombe dans la crise et qui nécessite un engagement de très long terme de la communauté internationale, pour remettre sur pied des pays et des économies dévastés par la guerre.
- la maîtrise du désarmement, notamment nucléaire, qui constitue un élément efficace de ce mécanisme au service de la paix et de la sécurité.
A quoi sert la dissuasion nucléaire ?
Mali, Centrafrique, Irak, Syrie, terrorisme djihadiste, Ukraine… Personne n’en doute, l’arme nucléaire n’a servi et ne servira à rien dans le déroulement de ces conflits. Elle ne sera d’aucune utilité non plus dans la réponse à apporter aux menaces qu’ils représentent.
Et pourtant, l’existence de tensions internationales, qui n’ont pas disparu avec la chute du Mur de Berlin, mais qui ont pris des formes nouvelles, est un argument qu’utilisent les inconditionnels de l’arme nucléaire pour refuser tout débat sur le sujet. Pensez donc, disent-ils, il est indispensable, dans ce monde dangereux, de disposer de l’ assurance-vie que nous apporte l’armement nucléaire. Mais ils refusent tout à la fois d’imaginer les scénarios d’emploi de cette arme, prétendument décrite comme une arme de non emploi et d’autoriser d’autres pays à disposer de cette assurance !
Ceux qui ne partagent pas leur conviction sont traités, au mieux, par le mépris. Il faut dire que cette conviction a toutes les caractéristiques d’une foi, bâtie sur des certitudes mystérieuses, avec ses dogmes, ses formulations peu accessibles au grand public, ses grands prêtres. Comme il s’agit d’une religion, il est donc impossible de remettre en cause la doctrine fondamentale, celle de la dissuasion nucléaire, présentée comme indispensable et consubstantielle à la France. Etonnante prégnance de cette approche quasi religieuse de la sécurité dans un pays, pourtant laïque et qui ne reconnaît donc aucune religion officielle !

Lire la suite : Pour Quilès, la dissuasion nucléaire = le pari de Pascal

Aujourd'hui, quand on veut aller sur la lune, il ne suffit plus d'être poète, il faut être astronome.

FRANCE-qui-se-chercheQuelle vision de la défense pour 2025 ? En nous écartant de la thèse selon laquelle la guerre est un régulateur à la crise, on pourrait se demander comment le désarmement peut s'inscrire dans une politique progressiste.

"Je te tiens, tu me tiens par la barbichette"

Pendant longtemps, on a dit et répété 'ne désarmons pas tant que l'impérialisme yankee ne désarme pas. 'On veut bien désarmer mais les conditions (objectives) ne sont pas réunies pour ... 'On voudrait bien mais...' Car il y a toujours un 'mais' qui s'appelle rapport de force(s), qui s'appelle opportunité....Comme dirait JL Mélenchon ..."on ne va entrer dans un processus de désarmement ....à partir du moment où ...' Je n'invente rien. Je cite un  entretien accordé au magazine 'Planète Paix' avant les présidentielles, Mélenchon déclare : Notre programme se prononce pour un désarmement nucléaire multilatéral. Au fur et à mesure de la réduction des arsenaux, notamment des Etats-Unis et de la Russie, la France réduira le nombre de têtes nucléaires, en conformité avec le principe de la réciprocité (à souligner) qui guidera notre action. En l'état actuel, il ne serait pas raisonné d'entamer un désarmement unilatéral, et la dissuasion demeurera donc un élément essentiel de la stratégie de protection de la France (*).

Des initiatives unilatérales, çà existe ? 

 

Oui, cela se pratique, dans certaines circonstances et quel que soit le régime, quelle que soit la couleur politique de l'adepte momentané de l'unilatéralisme. L'histoire du désarmement, même de l'arms control (maîtrise de l'armement du temps de la Guerre Froide, diplomatie atomique menée en tandem par les deux poids lourds du Conseil de l'Insécurité) est séquencée par des initiatives unilatérales. Prenons Gorbatchev : le retrait d'armes nucléaires tactiques en Europe de l'Est, c'est lui et sans contrepartie d'ailleurs.

Prenons la France :

 

C'est de façon unilatérale que le président Chirac a décidé de mettre la clef sous la porte du plateau d'Albion, de faire démonter les missiles SSBS qui y avaient été enterrés...et sans attendre un geste de réciprocité de qui que ce soit. Pareil pour les missiles Hadès : sans contrepartie ; si ce n'est celui de se faire remercier par les Allemands qui ne voulaient pas se les prendre sur la figure.

Concernant les essais nucléaires, Chirac a décidé un beau matin de fermer les sites, ce qu'il n'était pas obligé de faire puisque les autres puissances nucléaires ne l'ont pas fait. Aujourd'hui, ce geste u-ni-la-té-ral est critiqué et certains se plaignent ou se sont plaints que l'initiative ne soit pas réversible puisque les Chinois n'ont pas fermé Lop Nor, Washington n'a pas fermé son site du Nevada et les Russes disposent de Novaya Zemlya.

On peut déplorer qu'un stratège ne sache pas monnayer son désarmement, mais bon, tels sont les faits.

 

2) Une autre vision de l'économie

- Passer d'une économie militarisée à autre chose ne sera pas un long fleuve tranquille. Il s'agirait de sortir d'un certain modèle de développement, ce qu'on appelle outre-Atlantique le Keynesianisme militaire. On arrêterait le productivisme militaire, on arrêterait de concevoir des nouvelles générations de missiles. Imaginer autre chose que la guerre comme recours à notre portée pour réduire la disproportion entre la croissance démographique et les limites des ressources disponibles. Pour l'instant, le remède, on le connaît, on l'a vu à l'œuvre, disons, avec les recettes un peu classiques : faire de la place, vider les stocks, épurer les arsenaux, mettre les travailleurs au pas et puis après avoir pratiqué la destruction à grande échelle, faire remarcher la planche à billets, nourrir les survivants, tendre vers la croissance, une croissance qui sera nécessaire, à défaut d'être 'glorieuse' comme durant les trente années de l'après-guerre (39-45). Signe des temps : le Livre Blanc évoque le concept de 'guerres obligatoires' ....

LIVRE BLANC

 

3. Perception nouvelle 

La bombe est en quelque sorte l'illusion de la puissance. La bombe n'est plus un atout, la bombe est un fardeau. Une puissance moyenne comme la France – qui a de la peine à se hisser à la hauteur de ses ambitions stratégiques, et bien, elle s'épuise. Les écolos parlent beaucoup de l'épuisement des ressources. Ici, il s'agit de l'épuisement de la puissance France. A partir d'une autre perception, il sera possible de voir qu'il n'y a aucune faiblesse dans le fait de se priver d'un atout qui n'en est pas un. 


1. Tout d'abord, et quoi qu'en pense mon ami Jacques Fath, les armes nucléaires en veille produisent des victimes. Ironie de l'histoire, les principales victimes se comptent dans son propre camp et non dans le camp adverse. La bombe A ou H, arme de destruction de masse, (ADM) ou (plutôt) arme de destruction sociale, (ADS), fait plus de torts et de dégâts au sein de l'Etat qui la détient qu'au terrifiant ennemi qui est destiné à être puni et décapité pour avoir osé porter atteinte aux intérêts vitaux du premier. Faut reconnaître que pour une arme, c'est moins attractif quand on sait qu'elle provoque le contraire de ce qu'elle est supposée provoquer. Que la force de frappe ...frappe ailleurs, et que le frappeur est pris à son propre piège destructeur ! C'est le tampon de l'absurde, c'est la marque de l'impuissance. Comme dirait la SNCF 'un train peut en cacher un autre '...

2 - Prenons un exemple pour illustrer combien la bombe non seulement nous encombre, mais nous plombe : Israël. Une puissance nucléaire. Plus exactement : une caricature de puissance nucléaire de notre époque. Israël dispose de missiles (Jéricho grâce à la compassion de socialistes de la IVème République), on en compterait 200, des sous-marins lanceurs de toutes sortes d'engins...Israël consacré à son budget militaire plus de 6 % du PNB. Mais c'est aussi un Etat incapable de faire face à une petite menace comme un incendie de forêt car il n'a pas prévu de se doter de Canadairs et ne dispose que de 1200 pompiers, les autres militaires étant mobilisés pour mater du Palestinien !

 

estivales-GRENOBLE

Voilà. Je voudrais finir en disant qu'il y a du pain sur la planche...pour faire avancer ces idées, pour démystifier la bombe. Les travaillistes britanniques – ce ne sont pas des gauchistes – ont entrepris une partie de ce travail dès les années 80. Une étude sur le thème comment la Grande-Bretagne pourrait se défendre sans la bombe a été menée. Elle a été publiée avec des scenarios, des estimations chiffrées, des considérations politiques par rapport à l'OTAN, etc.
Nous, Yes we can, on peut le faire aussi. On devrait le faire. Pour que tout le monde s'approprie ce débat, évidemment. Pour qu'on puisse débattre, donc au préalable apprécier, évaluer les coûts et les désavantages de l'arsenal français et de ses retombées.
Pour effectuer un travail de la sorte, rien ne devrait nous interdire de disposer d'un think tank – excusez l'anglicisme ! - enfin une boîte à idées, un réservoir de cerveaux ....un centre de réflexion pour faire de la prospective, pour 'déplacer les curseurs', comme on dit en langage informatique, pour montrer ou démontrer jusqu'à quel point la bombe est une illusion de puissance.

 

B.C. Intervention du 24 août 2013, Grenoble – Estivales FG


(*) Non, Mélenchon n'a pas le monopole de cette posture. Eva Joly déclarait le 30 juin 2011 sur les ondes de France Inter : 'Pas de sortie unilatérale de la dissuasion nucléaire'.





 

ALAIN JOXE newIl est temps de faire le point sur un problème sans solution facile mais qui mérite d'être bien posé. L'Europe sent monter la guerre, en Méditerranée, moyen-orientale, en Afrique sahelienne, en Mer Noire ukraino-russo- caucasienne. Dans la mesure où nous sommes au milieu du gué, en matière de crise financière, économique, politique et religieuse, ces quatre types de crises, qui nous bouchent l'horizon, étant inégalement mixées sur le terrain des guerres , ce contexte n'est pas loin de ressembler à une guerre mondiale rampante.
- On peut bien dire que le système des Nations unies ne fonctionne plus, pour arrêter le massacre de Gaza, la guerre de Libye du Mali et du Nigéria , le démocide syrien par la dictature d'Assad, la guerre offensive barbare de Daech, en Iraq et en Syrie. On peut dire aussi que le système de sécurité internationale de l'Union Européenne, surcodé par l'OTAN, est en échec en Ukraine.
2-On pouvait voir, dès 2011 (les guerres de l'empire global, Edition La Découverte, Paris, 2012 que la "guerre mondiale de la crise mondiale" ne pourrait pas ressembler à la 2° guerre mondiale de la crise de 29, Le "nouvel Hitler" ne serait pas visible, sous le masque des USA ou de Poutine. Aucun président ne déclencherait les hostilités en tant qu'industriel conquérant du monde. Les "guéguerres" en question communiquent entre elles, sur le terrain, par des voisinages géographiques, économiques, religieux ou linguistiques, ou plusieurs de ces désinences qui, se surajoutant, créent de la complexité chaotique. Mais, contrairement aux guerres de naguère, le conflit frontalier ne définit pas une guerre entre états, mais bien une série de guerres irrégulières mettant en cause l'ensemble de la définition frontalière de la souveraineté.
3- Cette décadence des Etats quant à leurs limites ne peut pas surprendre : cette mutation tient au fait que le pouvoir du système financier global, devenu hégémonique, est délocalisé. Les états privés de politique sociale autonome n'ont plus que des stratégies sécuritaires en défense d'intérêts entrepreneuriaux transfrontaliers instables.
La nouvelle classe financière dominante mondiale rejette toute "législation globale" mimée encore par l'ONU et par conséquent se veut dotés d'une liberté délinquante secrète propre aux maffias anciennes et modernes. Les guerres ne sont plus des guerres entre Etats.
4- Les Etats, sont tous venido a menos ou Failed States, à des degrés divers, et, sous l'influence des stratégies d'entreprises, laissent s'instaurer des doctrines locales qu'on devrait appeler "insécuritaires". Qu'ils le "veuillent" ou non , les Etats sont appelés à déclencher des répressions sans limites pour des dettes sans limites de populations sans limites. Cette dégradation n'est pas propre aux pays ex-coloniaux ; elle est visible aussi en Europe, où les marchés financiers opèrent, à travers des institutions propres à l'Union Européenne, pour éliminer, par la discipline de la Banque Centrale Européenne, toute action des Etats membres non conforme aux principes d'un néo-libéralisme offensif.
5 - Les classes dominantes, délocalisées et sans feu ni lieu, se conduisent naturellement de manière irresponsables, en croyant dur comme fer que la croissance et la concentration du profit est la garantie d'un développement harmonieux. Autrement dit cette "religion" néolibérale suscite des ripostes religieuses violentes et irresponsables : l'islamisme djihadiste criminel se dresse d'abord symboliquement dans l'espace délocalisé sans frontières du système financier avec Al-Qaida puis sur un carrefour frontalier trans-étatique avec Daech. Deux religiosités globales devenues folles.

Lire la suite : A.Joxe : Vers une Euroguerre Mondiale ?

1141400348v0a069Une période de clashs à la fois social et environnemental coïncide avec une période de réflexion sur la sécurité. Les dimensions militaire et policière de la sécurité ; les mesures sociales qui représentent un facteur de sécurité, au sens large.
Chercher à la fois à diviser par deux le chômage en cinq ans et les émissions de gaz à effet serre en dix ans est louable. Mais quoi qu'on projette comme programme, on ne peut faire abstraction des conflits qui rôdent. La question des armes, une question occultée durant les trente glorieuses, est à l'ordre du jour. On peut difficilement parler de sécurité sans se référer aux conflits, à la guerre. D'ailleurs, les économistes s'y mettent, à leur manière. Christian Saint-Etienne évoquait récemment (dans 'Les Echos') un choc stratégique total équivalent à un effort de guerre en expliquant pourquoi les entreprises seraient bien inspirées d'allouer 40 % des budgets de formation aux plus de 40 ans.

Lire la suite : ADS, les Armes de Destruction Sociale